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Nicolas Sébastien Adam (1705-1778) - Sculpteur
Nicolas Sébastien Adam (1705-1778) - Sculpteur

Nicolas Sébastien Adam est le cadet de trois frères, tous trois sculpteurs, comme leur père. Il est encore possible de voir la maison des Adam à Nancy et d'admirer une façade richement ornementée.

La première oeuvre d'importance de Nicolas Sébastien, réalisée avec son frère aîné Lambert Sigisbert, est le célèbre Triomphe de Neptune et d'Amphitrite (1740), grand groupe en plomb du bassin de Neptune à Versailles. Il réalisera aussi le monument funéraire de la reine Catherine Opalinska, qui repose en l'Eglise Notre-Dame-de-Bonsecours à Nancy. Mais son chef d'oeuvre, l'une des blus belles sculptures du XVIIIème sièce, est son Prométhée enchaîné qui le fait entrer à l'Académie en1762.

Voici ce que l'on peut trouver sur le site du Musée du Louvre:

** Protecteur des hommes, le Titan Prométhée a dérobé le feu de l'Olympe pour le leur offrir. Furieux, Zeus lui inflige un terrible et cruel châtiment : enchaîné au sommet du mont Caucase, un aigle vient chaque jour lui dévorer le foie, qui se reconstitue constamment. Les muscles contractés, Prométhée crie sa douleur, tandis que la torche, objet du délit, gît renversée à ses pieds.

Ciseler un supplice:

Après un séjour à l'Académie de France à Rome, Nicolas-Sébastien Adam se fait aussitôt agréer à l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1735. Le sujet que lui fixe le directeur Guillaume Coustou pour sa réception, s'inscrit dans la lignée des morts dramatiques proposées à l'inspiration des sculpteurs depuis le début du XVIIIe siècle : le supplice de Prométhée.

Souffrance et turbulence:

Adam livre un chef-d'oeuvre de virtuosité, sorte d'apogée tardive du style baroque par sa turbulence et sa force d'expression. La souffrance du héros se lit dans le corps écartelé aux muscles tendus et aux veines gonflées, rendu avec une minutie anatomique. Le sculpteur cherche implicitement à rivaliser avec le Laocoon mais sans la modération de celui-ci : le corps est déséquilibré et le visage vocifère, levé vers le ciel. Le groupe de Laocoon était alors un des antiques les plus admirés : il exprimait les diverses phases de la souffrance humaine dans le combat avec la mort ; on célébrait la retenue pleine de dignité avec laquelle Laocoon agonisait. L'expression de Prométhée est ambiguë : souffrance ou rage ? L'artiste s'est peut-être aussi souvenu du groupe Aristée et Protée (1723) de Sébastien Slodtz placé dans le parc de Versailles, où Adam avait travaillé, de 1736 à 1740.

Une esthétique à contre-courant:

L'étoffe du manteau et la fumée de la torche qu'emporte le vent des hauteurs, semblent accroître l'extension du corps du héros. La silhouette déchiquetée du rocher amplifie l'impression d'écartèlement. Les bras et les chaînes forment un rectangle en équilibre sur un angle, d'où surgit la face hurlante du héros. Adam joue des accidents d'ombre et de lumière : aux ombres profondes des plis de la draperie, s'oppose l'éclat vif des arêtes du rocher. Quand l'oeuvre parut au Salon de 1763, entre la Douce Mélancolie de Falconet et une Nymphe de Vassé, elle semblait relever d'une esthétique dépassée. Diderot et les tenants du retour à la grandeur sereine de l'antique la décrièrent. Le public semble toutefois l'avoir appréciée, sensible à la virtuosité de l'exécution. Selon la tradition, le roi de Prusse, Frédéric II, en offrit la somme fabuleuse de 30 000 livres et le roi du Danemark proclama : "Adam, votre nom sera immortel".

 

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Quel Prométhée nous a décrit Nicolas Adam? Oui, Prométhée est condamné au supplice par Zeus pour lui avoir dérobé le feu de la connaissance afin de le donner aux hommes. Oui, Prométhée souffre le martyr chaque jour parce qu'un aigle des cîmes vient lui dévorer le foie (qui se reconstitue chaque nuit). Mais quel combat! Quelle rage! Quelle folie!

Tandis que pour le christianisme (bien des siècles plus tard...), goûter à l'arbre de la connaissance constituera le péché originel chassant Adam et Eve du Paradis et provoquant la chute de l'homme dans sa mortalité, pour Hésiode, il faut la désobéissance d'un demi-dieu, Prométhée (en grec, celui qui anticipe, le prévoyant) pour que l'homme puisse accéder à la connaissance et ainsi être hissé vers les dieux. Et il faudra un autre demi-dieu, Hercule, pour délivrer Prométhée de ses chaînes. Pour les grecs, le savoir n'est pas une chute, pas plus que la sexualité. La souffrance chrétienne doit rendre humble, elle est purificatrice; la souffrance de Prométhéé ne se résigne pas, elle ne demande pas pardon: elle revendique et exprime la condition humaine, une condition qui pour les grecs doit viser à l'héroisme. Comme il se sait mortel, l'homme est placé d'emblée dans une posture héroique. Quel autre animal que l'homme est condamné à supporter chaque jour de se savoir mortel, en n'ayant que la nuit pour tenter de pouvoir l'oublier?

A la place qui a été assignée à l'homme sur cette terre, dans la hiérarchie des êtres, seul l'héroique combat contre les dieux lui confère panache et beauté. Zeus le sait bien, il voit l'homme mortel, il voit la souffrance de Prométhée et il leur reconnaît dignité et noblesse. Hercule viendra d'ailleurs délivrer Prométhée avec la permission de Zeus. Pauvre Zeus, qui ne peut pas avoir le statut d'un héros, et qui ne peut donc pas avoir sa beauté. C'est ainsi que 25 siècles avant Hegel, le maître n'est déjà qu'un esclave. Seul le héros humain consent à la mort et n'en est plus esclave, tandis que l'immortalité des dieux ne serait rien, sans la finitude de leur créature qui souffre. C'est en faisant entrer dans le monde la mortalité et la connaissance que l'homme prête existence et immortalité aux dieux.

Regardez la sculpture de Nicolas Adam: Prométhéé, le condamné à la souffrance, est un héros d'une beauté excessive. La souffrance n'est jamais belle, ce n'est pas cela. Le combat est inutile, il amuse les dieux, c'est leur terrain de jeu... Il ne s'agit pas de cela non plus. Il ne s'agit que d'héroisme et de beauté de l'âme, car seul l'homme en est capable, dans le dépassement de son humaine condition, au-delà même de ce que vivent les dieux.

 

Tag(s) : #Sculpture, #Philosophie

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