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Froydis Aarseth (née en 1986)
Froydis Aarseth (née en 1986)
Froydis Aarseth (née en 1986)

Froydis Aarseth est une peintre norvégienne qui a d'abord fréquenté l'école d'Odd Nerdrum avant de parfaire sa formation à Florence. À la différence de son maître Nerdrum, qui peint souvent une nature humaine vilaine et torturée, Aarseth s'intéresse à la beauté immédiate des choses et des êtres. Parmi l'ensemble de sa production,un seul tableau a suffit à la rendre célèbre sur le net: il s'agit d'un nu féminin d'une grande beauté, qui trouve peut-être son origine et son inspiration durant les années passées à Florence.

Une femme brune, à la peau mate, sans fard ni bijoux, est allongée entièrement nue sur un divan de velours rouge dont la sensualité tactile est encore renforcée par une mousseline à la blancheur immaculée. Cette composition s'adresse tout d'abord au sens tactile: Aarseth met en évidence la grande sensualité qui se dégage de son modèle, en nous permettant de toucher avec les yeux la douceur de cette peau et de l'étoffe qui la reçoit. Les courbes féminines, gracieuses et élancées, sont soulignées et accompagnées par la forme du divan et sa volute en bois, qui apportent à notre belle italienne du style et de la noblesse. La Bella est dans son divan comme une pierre précieuse dans son écrin. Supériorité, ici, de la peinture sur la photographie: la même scène photographiée serait plus licensieuse et moins sensuelle.

En effet, - même si le divan nous vient des Perses- nous ne sommes pas ici au sérail, mais dans un intérieur bourgeois, et la pose, bien qu'impudique, n'est pas lascive. S'agit-il d'une invitation au plaisir? Cette femme s'offre-t-elle? Incontestablement, elle s'offre et s'expose aux regards. Mais son visage, dont les yeux ne sont pas tournés vers nous, nous dit suffisamment que si la beauté du corps témoigne bien de la présence d'Eros, en revanche, l'esprit demeure ailleurs. Le visage ne participe pas d'Eros: ni totalement serein, ni vraiment contrarié, il renvoie à la personne humaine et à la dignité. Mais alors pourquoi être un modèle nu? Pourquoi offrir cette beauté d'abord au peintre, puis à des milliers de regards? Jouissance ( ou tristesse?) d'être désirée sans avoir ni à donner, ni à recevoir, ni à souffrir, ni à aimer? Expérience anonymante aussi, car, bien que narcissique, elle n'engage le modèle que vis-à-vis de regards inconnus et vise la multitude. Je donne mon corps à des milliers de regards pour pouvoir mieux le reprendre et le réserver à l'intimité. Est-ce que cela fonctionne d'un point de vue psychologique?

Parce que la beauté est constitutive de cette femme, que c'est une partie de sa personnalité et qu'il lui faut vivre avec, cette femme sait qu'elle sera immanquablement aimée et désirée notamment en raison de son corps et de sa plastique. Etre aimée "pour elle-même", elle sait ce que ça veut dire. Et peut-être que c'est seulement lorsque le corps est vu et désiré de tous, qu'il est totalement dépersonnalisé et qu'il n'est plus mien. Ce divan acquiert alors une fonction freudienne: je viens certes sur le divan pour être désirée, mais que reste-t-il encore de moi lorsque je suis désirée? Qui suis-je lorsque je m'expose au risque d'être désirée de tous? En me perdant, je me trouve. Cela peut donc fonctionner: poser nue produit sur le modèle une forme de catharsis tandis que le spectateur, tenu à distance par la force représentatrice et réflexive de l'Art, est renvoyé à l'origine, à l'élaboration, et à la maîtrise de ses désirs.

Le choix du divan, issue d'une longue tradition d'odalisques, présente donc ici le double intérêt de démarquer La Bella de celles qui l'ont précédée (notre occidentale n'est pas une femme du harem ni une égérie du Marquis) tout en rappelant que l'odalisque demeure esclave de sa beauté.

La Bella : esclave nue ou maîtresse de sa féminité?

 

Tag(s) : #Peinture, #Psychanalyse, #Psychologie

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