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Jean Sauré (né en 1936) - poète

Jean Sauré, poète

 

Jean Sauré a vu la guerre, il a vu le malheur, il sait l'injustice, il redoute la bêtise.

Sa poésie nous propose de nous arrêter le temps qu'il faudra.

Il suffit de prendre le temps de lire le poète et de l'écouter.

Alors chacun sentira en lui que quelque chose commence à résister.

Juger du regard, regarder le chemin parcouru.

Partager. Hier, Aujourd'hui, Demain

Remercier et honorer ceux et celles qui ont pris soin de nous.

Pour dire son indignation et son amour,

Le poète nous a fait don d'une bouteille à la mer, un recueil de poésie:

"Vivre autrement"

 

Jean Sauré a trempé sa plume dans l'encre mauve de sa mémoire: pas de rancoeur, pas d'aigreur, une prière pour demain, un témoignage d'avant la folie civilisatrice.

Jean Sauré est le poète des mots les plus simples. Il porte dans sa langue la franchise et la droiture de sa Bretagne natale. Il a le coeur triste et indigné mais il appelle aux bonheurs sages et vrais. Il s'agit de dénoncer la vilaine politique et de dire la belle morale. Il s'agit d'une prise de conscience. Il faut lire cette poésie à voix haute, le soir ou le dimanche, avec les enfants, avec les adultes, et les anciens aussi. Il s'agit de la famille et de la confiance entre les générations. Il s'agit de notre avenir.

Car, pour le poète, les mots de la République s'écrivent dans cet ordre: Fraternité, Égalité, Liberté. Cela se comprend aisément: la Liberté ne vaut rien sans l'Égalité, tandis qu'à elles-deux, même complices, elles demeurent comme aveugles et orphelines sans la Fraternité qui les guide. Il faut être poète et républicain, et placer les valeurs dans le bon ordre comme le fit Élisée Reclus.

Mais la plus grande vérité du poète doit être dite avec la voie la plus douce, car elle paraît inhumaine... La voici: nous sommes trop nombreux, les humains sont beaucoup trop nombreux, cela nuit à l'homme, aux autres espèces et à la planète. Chacun le voit, mais comment blâmer la femme et l'homme? Trop d'humains dans les villes, sur les routes, sur les chemins, dans les airs et sur la mer. Comment laisser la trace et l'empreinte de la fraternité? La vitesse et le nombre effacent les pas de ceux qui marchent. La fourmilière humaine est une civilisation à contre-sens qui s'engouffre sur les autoroutes de l'individualisme auto-mobile. La surpopulation engendre une pollution qui salit tout et qui s'insinue en nous. Que reste-t-il de l'homme, et de la fraternité, lorsqu'il pullule partout à la surface du globe?

Notre poète "n'en peut plus"; notre poète "n'en veut plus". "Mais bon dieu, quelle civilisation!"

Jean Sauré a la nostalgie d'un monde à taille humaine. L'homme doit pouvoir habiter le temps et l'espace. "Le petit hameau" et ses maisons simples sont les enfants de la nature. "Il n'est de Vie que celle que j'engendre!". Tandis que la ville, la trop grande ville, est fille de la démesure: un empilement anonyme d'humains superposés avec leurs satanées automobiles qu'ils ne savent où garer.

Civilisation de l'automobile assassine: la ville et la campagne sont orphelines de leurs enfants fauchés par des chauffards imbéciles. (Jean Sauré les condamne mais ne les insulte pas davantage. C'est sagesse, car il est sans doute bien difficile de continuer à vivre en étant un assassin de la route...)

Marie avait 14 ans, Sophie avait 8 ans, leur vie s'est arrêtée là, sous le fracas des moteurs. Combien d'innocents, combien d'orphelins, combien de familles estropiées? Injustices commises par la bêtise de ceux qui sont heureux aux ronflements des mécaniques sonores. Et ce sont les pères qui encouragent les fils à gagner la course! ("Les petits motards")

Le moteur de la "croissance économique" fait bien d'autres ravages. La croissance n'est que démence, pillage et gaspillage des ressources de la nature. Toujours plus de croissance, toujours plus de monde dans la fourmilière, toujours plus de démence, toujours moins de nature. Le moteur du bla-bla politique et économique est intarissable: blablabla blablabla. Qui pourra l'arrêter? Peut-être un poète... "Je ne suis qu'un rêveur, un tout petit poète..."

Et pourtant, seule la modestie des plus Grands pourra sauver le monde. Qui sont les Grands de ce monde? Pourquoi sont-ils impuissants? Jean Sauré préfère "Ceux qu'on vient chercher et non ceux qui viennent s'imposer", comme ce Général romain, Cincinnatus, qui sauva Rome par trois fois et qui s'en retourna ensuite cultiver paisiblement sa terre. Les Grands hommes sont ceux qui veulent faire le bonheur des autres et non pas le leur: Jean Jaurès, Gandhi, Jean Moulin...

Les grands hommes sont aussi des anonymes. Par exemple, ceux qui, pendant la guerre, ont épargné des vies, ont tendu la main à l'ennemi, ont empêché des pelotons d'exécution. Jean Sauré pense aussi à tous ceux qui font l'aumône à ceux qui meurent de faim, et puis, plus modestement, à tous ceux qui résistent, par tous les moyens, à l'avilissement de l'homme.

La mort sur la route, la mort à la guerre, la famine, ce sont des injustices concrètes. Mais l'injustice se cache le plus souvent derrière une civilisation qui se donne bonne conscience. L'humanité est pourtant "face au mur", car l'exécution du peuple par l'indécente richesse se produit tous les jours. L'excès de richesses, l'appât irréfréné du gain, sont les maux absolus qui gangrènent notre civilisation. Et cela ne leur suffit pas d'être riches! Ils produisent aussi des discours, des mensonges et une "morale". Ils se protègent, ils contournent la justice, laquelle, "selon que vous serez puissant ou misérable", vous traitera différemment...

"Dis-moi papy", pourquoi "Injustice" rime avec "Liberté, Égalité, Fraternité" et que veulent dire toutes ces commémorations? Le philosophe Alain avait répondu comme le poète: "parce que la morale, c'est bon pour les riches."

Jean Sauré est indigné par la richesse et son mauvais usage, il est indigné par la vilaine politique et par les "lois" économiques du marché. Mais il le serait encore davantage si une révolution sanglante devait de nouveau éclater. Car les révolutions, en plus de leurs cruautés, n'apprennent pas l'essentiel aux hommes: vivre ensemble selon les vérités les plus simples.

Le poète a une toute autre proposition: "Travaillons mes Amis, pour le seul vrai bonheur, l'Amour et l'Amitié, et par tous les moyens", car les riches passent à côté "du plus Vrai, du plus Beau, de l'Essentiel, du Grand, soit l'Amour de l'Humain."

Jean Sauré ne croit qu'en la révolution par la sagesse.

La sagesse, c'est d'abord celle de l'amour qui prend soin de l'autre. C'est l'amour d'une seule femme, celle qu'on a choisie pour la vie, et de toutes les femmes qui prennent soin de la famille. Il faut rendre hommage aux grand-mères, aux tantes, aux soeurs, aux cousines qui ont fait en sorte que nous grandissions, qui se sont épuisées, partout sur la planète, afin que nous traversions les âges.

Ainsi, lorsque l'homme et la femme s'aiment, les enfants aussi sont chéris. Aimons les enfants de l'humanité, essayons d'être de bons parents.

Jean Sauré ne croit qu'en la révolution par l'amour.

Et le plaisir et ses obsessions? Le poète répond simplement: "l'idolatrie du sexe est le signe d'une société névrosée". Contre Freud, mais dans la tradition chrétienne, Jean Sauré pense que ce n'est pas l'interdit ou la rareté de la sexualité qui crée la névrose, mais son obsession ambiante permanente.

"Vivre autrement ": Naïveté du poète? Sagesse d'un autre temps?

Le plus souvent, les plus riches n'entendent pas ce message, ils se donnent bonne conscience, de mille manières, mais ils ne plaideront pas pour un changement de société.

Et nous tous? Beaucoup d'entre nous n'entendent pas non plus. Nous sommes riches de nos avantages, de notre confort et de nos petits plaisirs. Mais la parole du poète, celle du philosophe, de l'artiste, celle de tous ceux qui parviennent à aimer un peu leur prochain, peut-être finira-t-elle par éduquer le plus grand nombre.

Pour durer encore un peu, l'humanité aura besoin que quelques-uns parmi nous soient justes. Il faut de la justice et de la grandeur en l'homme. Car chaque parcelle de justice en plus sur cette terre nous rend meilleurs tous ensemble.

"Vivre autrement", avec les siens, avec ceux qui nous entourent, avec nos frères du lointain.

La poésie de Jean Sauré est la déclaration d'amour d'un homme de 80 ans. Sa fidélité et sa parole nous honorent, pour hier, pour aujourd'hui et pour demain.

Tag(s) : #Poésie

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