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Ludwig Wittgenstein (1889-1951) -Philosophe- Tractatus (I)

Avertissement:

Nous proposons une lecture originale du Tractatus logico-philosophicus en nous appuyant alternativement sur les deux traductions de Pierre Klossowski et de Gilles-Gaston Grangier.

Que le lecteur ne s'attende pas à trouver ici un commentaire ou un développement "technique" de la logique wittgensteinienne pas plus qu'une approche critique de l'oeuvre visant à la situer dans l'histoire de la philosophie du langage ou à en montrer les limites.

Seul nous intéresse ce que Wittgenstein nous a donné à penser, pensée que nous revendiquons libre jusque dans nos infidélités.   

 

1. Le monde est tout ce qui arrive. (Tout ce qui a lieu)

Commentaire:

Wittgenstein ne nous dit pas que le monde est tout ce qui arrive indépendamment de la conscience que nous en avons. Il ne dit pas non plus que "le monde est tout ce dont nous avons conscience".

Cependant, pour poser qu'il y a un monde, pour poser la définition d'une totalité, il faut que nous soyons déjà là. Il faut qu'il y ait des faits et que ces faits fassent "monde". Le monde a la structure d'un ensemble de faits. Tous les faits s'ordonnent en un monde. Le Tractatus vise à délimiter ce qu'il est possible de dire de cette structure. Le monde-structure ne préexiste pas aux faits, il est leur agencement en train de se faire. Même si tous les degrés de liberté ne sont pas permis à l'agencement des faits, le monde forme et traduit une logique, aussi complexe et multiple soit elle. Aussi la logique est-elle une pragmatique: celle du monde en train de se faire.

"Le monde est tout ce qui arrive" ne nous dit que très peu sur ce que peut être un monde et ne nous dit pas ce qui peut s'y produire. Il faut pourtant un point de départ, un monde de départ. A l'origine il y a d'emblée un monde.

Tout monde est une totalité (tout ce qui arrive); une totalité est un ensemble particulier: rien ne lui est extérieur.

Que serait un élément extérieur à cette totalité? - Quelque chose qui n'aurait pas lieu pour nous. Quelque chose ne peut venir au monde que comme fait.

 

Pour Wittgenstein le monde est donc défini comme une totalité en train d'avoir lieu, le monde est l'auto-structuration du monde à partir des faits. Le monde est une structuration à l'oeuvre. 

Y a-t-il des choses inactives, des choses qui n'arrivent pas? - Oui, ce sont de simples choses qui n'altèrent pas le monde (1.21) Elles ne font pas fait.

"Le monde est tout ce qui arrive" n'est pas équivalent à "tout arrive". Et ce n'est pas non plus équivalent à "il y a de l'activité".

Dire "le monde" c'est donc nommer une totalité structurée,  un ensemble, l'ensemble de tout ce qui arrive.  

Le monde est donc à la fois tout ce qui arrive dans son agencement pragmatique/logique, mais aussi sa propre narration dès lors qu'il y a effort pour le dire.

La définition de toute logique se fait dans la langue naturelle, de même que les définitions de ce qui arrive dans le monde, sans quoi je ne pourrais rien en dire. Le monde est donc en même  temps ce qui arrive et "comme un récit" de ce qui arrive. "Comme un récit" veut dire que l'on va définir le monde avec des mots, des signes, des symboles.

Et puisque les choses se produisent avant leur "récit", je dois accepter que quelque chose précède "le récit" du monde. Le monde arrive et nous en prenons connaissance.

Il serait donc plus précis de dire que le "récit" du monde est l'ensemble des suppositions/propositions passées, présentes et futures, de ce qui arrive. Car ce qui arrive, si je ne le sais pas, je ne peux rien en dire. Tout "récit", et toute définition ne pourront donc enchaîner les faits et les constituer en monde que comme suppositions dans le temps. Toute supposition est une proposition. La logique est non seulement une pragmatique mais elle structure aussi l'imagination du monde. Les faits imaginaires sont des faits du monde.

 

La question est de savoir s'il pourrait y avoir une logique indépendante de tout contenu de sens comme de toute supposition dans le temps et qui pourrait structurer la mise en ordre du récit du monde. Une telle logique est l'agencement du monde en tant que monde. Le monde contient et engendre sa logique. Il n'y a qu'un seul monde et qu'une seule logique à l'oeuvre.

1.1 Le monde est l'ensemble des faits, non pas des choses.

Commentaire:

La chose n'est pas encore agissante. Elle n'a pas lieu. Elle n'est pas encore reliée au monde.  Les faits ont lieu et se produisent comme faits et non comme choses. La chose est comme dans l'attente du monde tandis que le fait constitue le monde. Les choses sont indifférentes au monde tandis que le monde est sous la dépendance des faits. C'est l'activité qui discerne, précise et met en mouvement les choses. Le monde et les faits commencent avec l'activité, la chose ne sort de sa torpeur indiscernable qu'avec l'activité. 

1.11 Le monde est déterminé par les faits, ces faits étant la totalité des faits. 

Commentaire:

Le monde est l'ensemble de ses déterminations. Malgré toutes les choses, Il n'existe rien comme un "monde" qui préexisterait à sa détermination par les faits. Le monde surgit et s'élabore avec les faits. Les faits disent le monde et le déterminent entièrement. Il n'y a pas de faits hors du monde. Il n'y a rien dans le monde qui ne soit pas un fait. Il y a identité entre le monde et la totalité des faits. Un fait n'est un fait que s'il peut être rattaché à la totalité des faits. La totalité des faits déterminent entièrement le monde comme espace des faits. Il n'y a pas de faits en dehors de cet espace, il n'y a pas de faits hors du monde. 

1.12 Car la totalité des faits détermine tout ce qui arrive et aussi tout ce qui n'arrive pas.

Commentaire:

La totalité des faits détermine le monde. Les faits ne peuvent pas déterminer un autre monde ni une multiplicité de mondes. Tout ce qui arrive constitue un seul monde. Si des faits déterminaient un second monde, les deux mondes n'en feraient qu'un. En déterminant tout ce qui arrive, les faits rejettent du même coup hors de leur totalité tout ce qui n'arrive pas. Ce qui n'arrive pas ne saurait être un fait. C'est pourquoi l'homme n'a accès qu'à un seul monde, celui des faits. 

1.13 Les faits dans l'espace logique constituent le monde

Commentaire:

Il y a un espace logique qui a la capacité de constituer les faits en monde. D'une part, le monde est tout ce qui arrive (1.), le monde est activité auto-structurante. D'autre part, ce sont  les faits qui déterminent le monde (1.11). Cependant, cette détermination ne s'effectue qu'une fois les faits dans l'espace logique. Le monde est l'ensemble des faits (1.1) mais cet ensemble n'est constitué que dans l'espace logique. Même si le monde est tout ce qui arrive, il n'est constitué comme monde que par l'ensemble des faits dans l'espace logique.  

1.2 Le monde se dissout/décompose en faits

Commentaire:

La dissolution/décomposition  du monde dans l'espace logique est en même temps la résolution de son activité en faits. Le monde, c'est-à-dire tout ce qui arrive (1.) se dissout en faits, cela signifie qu'il y a dans l'activité du monde un espace logique où le monde se discrimine et cristallise en faits. Dissolution veut dire qu'il se passe quelque chose entre le monde comme activité et sa constitution par les faits dans l'espace logique. L'activité se dissout et s'incorpore comme faits dans l'espace logique (1.13). En d'autres termes, la constitution du monde dans l'espace logique ne rend pas compte de l'activité en tant que telle mais de sa détermination par les faits. Une dissolution est à la fois un changement d'état et une incorporation. La dissolution du monde est la chimie des faits.

1.21 Une chose peut ou bien être ce qui arrive ou bien n'être pas ce qui arrive et tout le reste demeurer égal.

Commentaire:

Qu'une chose ait lieu ou non, cela est sans effet sur la détermination du monde, car le monde est déterminé par les faits (1.11) À la différence du fait, la chose fait partie du monde sans le déterminer. Si le monde n'était qu'un ensemble de choses, il ne serait pas déterminé. Or le monde est l'ensemble des faits, non pas des choses (1.1) Les choses ne suffisent pas à constituer le monde, elles sont seulement des entités. Ce sont leurs liaisons entre elles qui forment le fait, c'est-à-dire un état de choses (2.)  

Tag(s) : #Philosophie
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