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Ludwig Wittgenstein (1889-1951) -Philosophe-Tractatus (II)

2. Ce qui arrive, le fait, est l'existence d'états de choses.

2.01 L'état de choses est une liaison d'objets (entités, choses)

Commentaire: 

Aucun fait n'arrive n'importe comment. Aucun fait ne saurait avoir une autre définition: le fait est l'existence d'un état de choses. Ce qui fait venir le fait à l'existence c'est la liaison, l'état, dans lequel se trouvent les éléments simples qui composent l'état de choses. Ce qui compte, dans le fait, c'est la liaison; ce qui compte dans l'objet (ou la chose), c'est sa capacité à être relié à d'autres objets (ou choses) dans l'état de choses. Dès que les choses sont reliées, elles ne le sont pas n'importe comment et deviennent des états de choses.  

 

2.011 Il est essentiel à la chose de pouvoir être partie intégrante d'un état de choses.

2.012 En logique rien n'est accidentel: si la chose peut arriver dans un état de choses, il faut que la possibilité de l'état de choses soit préalablement inscrite dans la chose.

Commentaire:

L'essence de la chose est d'être intégrée à l'état de chose. Aucune chose ne peut appartenir à un état de choses accidentellement. Là où est la chose, là est un état de chose qui l'intègre. La chose ne vient dans l'état de chose que si elle en possède la possibilité. L'état de choses est une possibilité préétablie dans les choses. Toutes les choses et tous les états de choses ne sont pas compossibles, mais tout état de choses est une liaison de choses compossibles.

L'essence de la chose est la possibilité du lien logique.

 

2.0121 Il paraîtrait pour ainsi dire accidentel qu'un état de choses pût convenir subséquemment à une chose susceptible de subsister pour soi. Si les choses peuvent se produire dans des états de choses, il faut que ceci leur soit implicite.

(Quelque chose de logique ne peut pas être seulement possible. La logique traite de chaque possibilité et toutes les possibilités constituent ses propres faits.)

De même que nous ne pouvons absolument pas concevoir des objets spatiaux en dehors de l'espace ni des objets temporels en dehors du temps, nous ne pouvons imaginer aucun objet en dehors de la possibilité de sa connexion avec d'autres objets.

Si je puis concevoir l'objet dans le contexte de l'état de choses, je ne puis le concevoir en dehors de la possibilité de ce contexte.

Commentaire:

Rien ne saurait être accidentel, en logique le possible est nécessaire ou il n'est pas. La chose se produit nécessairement dans un état de chose qui lui est propre. Car Il est essentiel à une chose d'être partie intégrante d'un état de choses (2.011) Ce qui fait la chose, c'est la possibilité/nécessité de sa connexion avec d'autres objets dans un état de choses. Les connexions des choses ne sont pas de simples possibilités mais toutes les possibilités d'un contexte d'état de choses. L'objet ne peut être conçu que dans le contexte d'état de choses où se font ses connexions. Chaque contexte est un lieu de connexions, chaque connexion est une possibilité/nécessité implicite de la chose dans l'état de chose. La logique rend compte de toutes les possibilités/nécessités de connexions comme faits. Un objet est inconcevable en dehors de ses possibilités de connexions avec d'autres objets dans un contexte donné. Les contextes d'états de choses précisent leurs objets, les états de choses disent toutes les possibilités/nécessités de la logique, les objets contiennent implicitement toutes les possibilités/nécessités de connexion logique dans l'état de choses.  

 

2.0122  La chose est indépendante pour autant qu'elle peut se produire dans toutes les circonstances possibles, mais cette forme d'indépendance est une forme de connexion avec l'état de choses, une forme de dépendance.

(Il est impossible que des mots surviennent de deux manières différentes, isolément et dans la proposition.) 

Commentaire:

La chose n'est pas différente (du point de vue de ses possibilités) dans son isolement, c'est-à-dire dans sa forme d'indépendance, que dans ses connexions possibles dans les états de choses. La chose a bien sa forme d'indépendance comme objet simple, mais ses possibilités de production dans des faits est sa dépendance même aux états de choses. Ce que la chose est, à titre de possibilité, est la possibilité/nécessité même de sa production dans l'état de chose. C'est la possibilité de la connexion  -comme forme de connexion à l'état de chose- qui fait la possibilité de la chose, mais cette possibilité est une seule et même possibilité. La chose peut se produire dans toutes les circonstances en fonction de ses possibles, mais sa production est sa dépendance même aux circonstances de sa production. Les possibilités/nécessités de la chose sont les mêmes dans son indépendance et dans sa dépendance.

2.0123  Lorsque je connais l'objet, je connais également l'ensemble des possibilités de son occurrence dans des états de choses.

(Chaque possibilité de cette sorte doit résider dans la nature de l'objet)

Une nouvelle possibilité ne saurait être trouvée ultérieurement.

Commentaire:

La connaissance de l'objet est la connaissance de l'ensemble de ses occurrences possibles dans des états de chose. Ce sont ses possibilités qui font l'objet. S'il s'agissait de découvrir ou d'attribuer à l'objet une nouvelle possibilité, il ne s'agirait plus du même objet. La nature de l'objet est donnée par l'ensemble de ses possibilité d'occurrence. A titre d'exemple, il est dans la nature du chiffre "6" de contenir toutes ses possibilités d'occurrence. Une fois connue la nature du chiffre 6, il n'est pas possible de lui découvrir une possibilité supplémentaire à moins de considérer le chiffre 6 comme un nouvel objet.  

2.01231 Pour que je connaisse un objet, il faut que je connaisse non pas nécessairement ses propriétés externes, mais toutes ses propriétés internes.

Commentaire:

Il importe peu que je connaisse par exemple les résultats des opérations incluant l'usage du chiffre 6; savoir qu'il représente la quantité équivalente à six unités, que c'est un nombre pair, qu'il n'est pas premier, et qu'il est parfait, suffit entièrement à connaître sa nature.

 

2.0124 Dès que tous les objets sont donnés, tous les états de choses possibles sont également donnés.

Commentaire:

Tous les objets ne sont pas donnés immédiatement, mais lorsqu'ils qu'ils sont tous donnés sont donnés également tous les états de choses possibles.

Que tous les états de choses possibles soient donnés ne les rend pas nécessaires: les objets contiennent seulement la possibilité de tous les états de choses (2.014) et non leur nécessité. La nécessité est de liaison et non d'exhaustivité; tout est nécessaire mais tout n'est pas donné.  

1°) Tous les objets ne sont pas donnés immédiatement; et tant que tous les objets ne sont pas donnés, nous ne connaissons pas tous les états de chose possibles.

2°) Les objets contiennent seulement les possibilités des états de choses, non leur exhaustivité.

3°) Ainsi, même lorsque tous les objets sont donnés nous n'avons pas d'emblée tous les états de choses.

4°) Mais, une fois donnés tous les objets, le sont aussi tous les états de choses à titre de possibilités.

Pour exemple: L'infinité des propositions logiques bien formées ou des phrases de la langue naturelle bien écrites ne sont pas immédiatement données mais les objets, les axiomes logiques ainsi que les règles syntaxiques contiennent toutes les possibilités propositionnelles et linguistiques.

 

2.013 Chaque chose se trouve pour ainsi dire dans un espace d'états de choses possibles. Cet espace je puis le concevoir vide, mais non pas la chose privée d'espace.

Commentaire:

Il n'est pas possible de concevoir une chose privée de tout espace, de tout contexte, de tout environnement. La chose luit, pour ainsi dire, dans une aura de potentialités. La chose a une épaisseur minimale, elle prend une place, elle tend vers l'état de chose dans l'espace de ses possibles.

La chose est dans l'espace de ses possibilités. Il se peut que cet espace paraisse vide mais il demeure l'espace potentiel de la chose.

1°) Le vide logique n'est pas une absence d'espace logique mais une absence de choses.

2°) Il n'y a pas de choses sans espace.

3°) Un espace se conçoit pour toute chose.

4°) La chose est chose seulement dans son espace 

 

2.0131 L'objet spatial doit se trouver dans l'espace infini. (Le point dans l'espace est un lieu d'argument.)

La tâche dans le champ de vision doit non pas nécessairement être rouge, mais avoir une couleur: elle est pour ainsi dire environnée de l'espace des couleurs. Le ton doit avoir une hauteur, l'objet du sens tactile une dureté, etc..

Commentaire:

Chaque chose ou objet doit avoir un espace d'existence mais c'est l'espace d'existence qui situe la chose en lui. La chose n'est tâche colorée que dans l'espace des couleurs, le ton n'est qualifié que dans l'espace des sons.

L'objet spatial a l'espace infini comme espace d'existence. Cet espace est infini car il situe tout autre espace en lui-même.

Le point est l'objet simple et indécomposable de l'espace, il est le lieu avec lequel commence tout espace. La chose est le point pour lequel son contexte ou espace fait argument. "1" est un point des nombres entiers, "A" est un point de la langue naturelle; de la même manière, il y a des "points" sonores, des "points" tactiles, etc. Le point est le seuil d'entrée dans l'espace logique.   

  

2.014 Les objets contiennent la possibilité de tous les états de choses

2.0141 La possibilité de son occurrence dans un état de chose constitue la forme de l'objet.

Commentaire:

(2.0124) posait déjà que lorsque tous les objets sont donnés, tous les états de choses possibles le sont aussi. (2.014) affirme de surcroît qu'il ne saurait y avoir d'états de choses sans les objets. Les états de choses ne sont possibles qu'à partir des objets, et à partir des seuls objets.

Ce qui fait qu'un objet participe d'un état de chose est sa forme. C'est la forme de l'objet qui rend possible sa présence dans un état de choses, c'est-à-dire sa liaison à d'autres objets dans l'état de chose. Ce qui relie les objets entre eux dans un état de choses, c'est leur forme. La forme est la capacité de liaison de l'objet.

 

2.02 L'objet est simple

Commentaire:

On pourrait objecter que cette proposition arrive tardivement et on l'attendrait davantage en introduction du Tractatus. Cependant, d'un point de vue "phénoménologique", le monde commence avec les faits (1.1) et non avec les choses (1.21). Ce qui apparaît comme monde dans l'espace logique, ce sont les états de choses (1.13). Ce n'est qu'en considérant l'état de choses qu'il se montre comme liaison d'objets (2.01). Il s'agit d'expliquer maintenant pourquoi les objets qui contiennent la possibilité des états de choses (2.014) et qui ont la capacité de se lier entre eux par leurs formes (2.0141), sont simples.

 

2.0201 Chaque énoncé sur des complexes se peut décomposer en un énoncé sur leurs parties constitutives et en de telles propositions qui décrivent intégralement les complexes.

2.021 les objets forment la substance du monde. C'est pourquoi ils ne peuvent êtres composés. 

Commentaire:

La forme de l'objet est simple: elle est indécomposable. Un énoncé décrivant un état de chose (un complexe d'objets) pourra être décomposé en objets simples de l'espace, en objets simples du temps, etc... En revanche, un objet simple de la forme espace n'est pas décomposable en d'autres formes: d'une part la forme espace d'un objet ne se décompose pas en forme temporelle, en coloration, en dureté... et d'autre part, la division mathématique théorique à l'infini d'un point spatial ou temporel ne constitue en rien une décomposition en d'autres formes. La division théorique du point ne modifie pas sa forme élémentaire. Un objet spatial simple demeure une unité (ou une brique) d'espace, un objet temporel simple demeure une unité (ou une brique) de temps.  

Les objets sont les éléments du monde, ils forment la substance du monde, indépendamment de ce qui arrive (2.024). Ils sont le matériau stable du monde et le substrat de son existence (2.027)

Les objets s'enchaînent dans des états de choses instables: ce sont les faits qui sont instables, c'est-à-dire tout ce qui arrive (1.1). C'est pourquoi les objets ne sont pas composés d'autres objets, sans quoi il ne pourrait y avoir aucune forme stable du monde. Or, il y a de l'espace, il y a du temps, il y a du logique. Les objets ne sont pas composés, ils sont enchaînés entre eux dans l'état de choses.    

 

2.0211 Si le monde n'avait point de substance, le fait de savoir si une proposition a un sens dépendrait de celui de savoir si une autre proposition est vraie. 

2.0212 Il serait alors impossible de projeter une image du monde, vraie ou fausse.

Commentaire:

La contraposée de la proposition 2.0211 la rend plus évidente: "Savoir si une proposition est vraie ne dépend pas de savoir si une autre proposition a un sens à condition que le monde ait une substance."  

Comme les objets simples forment la substance du monde, ils fondent sa stabilité et son existence, c'est-à-dire la possibilité de poser une proposition comme vraie. Toute instabilité des objets du monde renverrait la possibilité de la vérité à celle du sens: la vérité serait constamment interprétée et elle serait alors seulement d'ordre sémantique ou "symbolique". Dans un monde entièrement instable, il n'y aurait plus de repères pour le vrai, et par là-même plus de repères pour le sens. Seule la simplicité et la stabilité des objets garantissent la possibilité de la vérité et son indépendance par rapport à la possibilité du sens. L'absence de substance engendrerait une confusion entre sens et vérité.

Or, la possibilité de projeter une image vraie du monde provient du fait qu'il n'est pas seulement interprété comme sens mais que des propositions logiques vraies sont possibles à partir des objets simples de la substance du monde. 

 

2.022 Il est évident que si différent que puisse être du monde réel un monde imaginé, il doit encore avoir quelque chose de commun, une forme, avec le monde réel.

2.023 Or, cette forme stable consiste en objets.

Commentaire:

Tout imaginaire, toute représentation, a en commun avec le monde réel une forme stable. Cette forme stable est faite d'objets. Le monde imaginé a une forme stable qu'il partage avec le réel. Si les objets du réel n'avaient pas une forme stable, ils ne pourraient être représentés dans l'imagination. L'espace, le temps, l'unicité, la couleur, etc... sont des formes des objets du monde imaginé (2.051), lesquelles formes, quelle que soit leur réalité dans le monde réel, sont aussi des formes stables du réel. Ce qui, dans le réel, est commun à la représentation de l'espace et du temps, est une forme stable constituée d'objets. L'hypothèse d'une forme stable commune entre le monde imaginé et le monde réel ne se démontre pas, elle est relève de l'évidence. Cette hypothèse en entraîne une autre: tous les esprits humains en capacité d'imaginer une forme stable du monde ont en commun une même forme stable avec le réel. Cela rend possible la mise en commun de propositions vraies. Où l'on comprend aussi comment la question du sens relève d'une interprétation ô combien différenciée, à partir d'une forme stable commune. Car les objets du monde prennent sens dans la forme de la représentation: l'espace y acquiert du sens, le temps y acquiert un sens, indépendamment de leurs formes stables. 

2.0231 La substance du monde ne peut déterminer qu'une forme, et non pas des propriétés matérielles. Car ces dernières sont d'abord représentées par les propositions, d'abord formées par la configuration des objets.

2.0232 Soit dit en passant: les objets sont incolores.

Commentaire:

Les objets du monde déterminent une forme, c'est-à-dire leur possibilité d'occurrence dans des états de choses. Ce n'est que dans l'état de choses que les objets se comportent de manière déterminée les uns par rapport aux autres (2.031). Les propriété matérielles ne peuvent être que représentées par des propositions à partir de la configuration des objets dans l'état de choses. L'objet simple est enchaîné à d'autres dans l'état de choses (2.03) et c'est cet enchaînement qui permet d'énoncer des propositions sur des propriétés matérielles. Les propriétés matérielles sont représentées comme rapport d'objets.

La couleur est une forme de l'objet dans l'état de choses (2.051): c'est l'espace de la coloration qui précise la couleur de l'objet. L'objet n'aura une couleur qu'une fois sa forme environnée de l'espace des couleurs (2.0131). 

1°) La substance du monde est formelle: elle rend possible les états de choses (2.012)

2°) Les états de choses sont dans des espaces de choses possibles (2.013)

3°) La configuration des objets forme l'état de chose dans un enchaînement d'objets alors déterminés les uns par rapport aux autres (2.031)

4°) Les propositions relatives à ces enchaînements/configurations peuvent représenter des propriétés matérielles. (2.0231) 

5°) Nous ne savons rien de l'objet avant ses occurrences dans des états se choses. (2.0232) Et nous ne connaissons d'abord que ses occurrences dans des états de chose, rien de plus.

La connaissance commence avec la répétition et la comparaison des occurrences des objets. 

2.0233 Deux objets de la même forme logique ne sont -abstraction faite de leurs propriétés externes- distincts entre eux que par le fait d'être différents.

Ou bien une chose a les propriétés que n'a point nulle autre, et dans ce cas on peut la distinguer sans inconvénient parmi d'autres choses par une description et la désigner; ou bien au contraire, il y a plusieurs choses qui ont en commun l'ensemble de leurs propriétés, et alors il est absolument impossible d'en désigner une seule d'entre elles.

Car si la chose ne se distingue par rien, je ne puis du tout la distinguer.  

Commentaire:

Ici, quelques exemples simples suffisent:

- Les voyelles de l'alphabet ont la même forme logique mais sont distinctes entre elles. (Leur propriétés internes ont trait à leur place dans l'espace sonore/phonologique/linguistique tandis que leur graphisme est une propriété externe)

- le chiffre "1" a des propriétés qui lui sont uniques, tandis qu'il existe une infinité de points de l'espace superposables, comme il existe une infinité de triangles superposables.

Conclusion: c'est sa différence qui fait l'unicité de la chose et qui permet sa désignation. Toute absence de différence renvoie la chose à une multiplicité indiscernable. Pour que plusieurs choses soient indiscernables entre elles, il faut que l'ensemble de leurs propriétés soient identiques. 

2.024 La substance est ce qui existe indépendamment de ce qui arrive

2.025 La substance est forme et contenu

2.0251 L'espace, le temps, la couleur (la coloration) sont des formes des objets.

2.026 Ce n'est que s'il y a des objets qu'il peut y avoir une forme stable du monde

2.027 Le stable, l'existant et l'objet ne sont qu'un.

2.0271 L'objet est le stable, l'existant; la configuration est le changeant, l'instable.

Commentaire:

Contrairement au monde, qui est tout ce qui arrive (1), la substance du monde existe indépendamment de ce qui arrive. Ce qui existe indépendamment de ce qui arrive est le stable. Pendant que le monde a lieu, la forme stable du monde subsiste comme existence. 

La substance du monde n'est pas forme vide, son contenu a l'épaisseur de l'existence du temps, de l'espace, etc... L'existence des objets a la forme du temps, de l'espace, de la coloration... (l'objet est incolore 2.0232 mais il peut avoir la forme de la coloration)

C'est la forme stable du monde qui atteste de l'existence des objets. Si rien ne subsistait identique à lui-même, le monde n'aurait point de forme. L'identique à lui-même quoi qu'il arrive est l'objet.

Ce qui change, ce qui arrive, c'est la configuration, c'est-à-dire la manière dont les objets s'enchaînent dans les états de chose. Les configurations des enchaînements d'objets dans les états de choses sont le changeant et l'instable.   

2.0272 La configuration des objets forme l'état de chose

2.03 Dans l'état de choses les objets pendent les uns aux autres comme les chaînons d'une chaîne

2.031 Dans l'état de choses les objets se comportent les uns par rapport aux autres de manière déterminée

2.032 La manière dont les objets s'enchaînent dans l'état de choses constitue la structure de l'état de choses.

Commentaire:

Les choses se lient et s'enchaînent dans l'état de chose comme les maillons dans une chaîne. Les choses ne s'agglutinent pas, ni en tas, ni en mélasse, ni en une soupe de choses indiscernables. Leurs liaisons ne sont dues à aucune force radiale ni à aucune attraction centripète, mais à leurs formes. Les choses s'enchaînent de manière déterminée et non en une superposition indistincte: toutes les choses sont à leur place dans l'état de choses selon leurs déterminations entre elles. La configuration des objets dans l'état de chose a la structure d'un espace discriminé et ordonné.  

Dès l'instant que les choses sont, elles ne sont pas n'importe comment: elles prennent forme. Et dès l'instant que les choses se configurent en états de choses, elles s'ordonnent en s'enchaînant les unes aux autres.

2.033 La forme est la possibilité de la structure

2.034 La structure du fait consiste dans les structures des états de choses.

2.04 La totalité des états de choses existants est le monde

Commentaire:

Chaque structure d'état de chose a une forme qui est sa possibilité de venue à l'existence dans le fait. (2. Ce qui arrive, le fait, est l'existence d'états de choses) 

Le monde est l'ensemble des faits (1.1) structurés par des états de choses. L'existence d'un état de chose est aussi un fait positif. (2.06)

De même que les objets contiennent la possibilité de tous les états de choses (2.014), les possibilités formelles/structurelles des états de choses déterminent tous les faits possibles. 

La totalité des états de choses existants -c'est-à-dire l'ensemble de tous les faits- est le monde (1.11).

Le monde est un ensemble de structures qui forme une totalité et la totalité des possibilités formelles/structurelles est le monde. 

2.05 La totalité des états de choses existants détermine également quelles sortes d'états de choses n'existent point.

2.06 L'existence et l'inexistence d'états de faits constituent la réalité.

(L'existence d'états de choses nous la nommons aussi un fait positif, leur inexistence un fait négatif.)

Commentaire:

De même que tous les objets une fois donnés, sont donnés du même coup tous les états de choses possibles (2.0124), la totalité des états de choses existants déterminent les sortes de choses qui n'existent point. Les structures de choses possibles déterminent les structures de choses impossibles: seuls quelques arrangements des atomes de carbones sont possibles, un carré ne roule pas, il n'y a pas de structure de gaz liquide chaud, il n'y a pas de structure pour un fantôme... La suite de lettres "poihyntgcvsrelpoisjye" n'est pas une phrase, la suite de signes "p..gVV~é" n'est pas une proposition bien formée... 

Toute existence est une détermination d'inexistences. Un état de chose existant grâce à une configuration d'objets (2.0272) exclut de l'existence toutes les sortes de liaisons d'objets qui ne se constitueraient pas en structure (2.033). 

Les faits négatifs sont des états de choses dont la structure est impossible: les objets n'y seraient liés par aucune propriété interne.

La réalité est faite de tout ce qui existe et de tout ce qui n'existe pas. 

2.061 Les états de choses sont indépendants les uns des autres.

2.062 On ne peut conclure de l'existence ou de la non existence d'un état de choses à l'existence ou à la non-existence d'un autre état de choses.

2.063 La réalité totale est le monde 

Commentaire:

D'une part, (2.05) la totalité des états de choses existants détermine quelles sortes d'états de choses n'existent point mais, d'autre part, (2.061) les états de choses sont indépendants les uns des autres.

Ce n'est pas individuellement que les états de choses déterminent quoi que ce soit. Un état de chose spatial ne détermine pas un autre état de chose spatial: le triangle ne décide pas du cercle. D'autre part, un état de chose sonore ne détermine pas une coloration.

Une phrase ne peut en déterminer une autre.

En revanche, la totalité des états de choses déterminent des sortes de choses: des choses spatiales, des choses sonores, des choses temporelles... La totalité détermine ce qui n'existe point: un son qui colle aux doigts, un espace géométrique qui sent mauvais... 

De même, c'est la totalité de la langue qui détermine les phrases qui peuvent subsister et celles qui ne peuvent être des phrases.

En conséquence, (2.062) On ne peut conclure de l'existence ou de la non existence d'un état de choses à l'existence ou à la non-existence d'un autre état de choses.

C'est pourquoi la réalité totale est le monde (et non telle ou telle réalité partielle). Il faut toute la réalité pour faire le monde, c'est-à-dire pour le déterminer.

2.1 Nous nous faisons des tableaux des faits

2.11 Le tableau représente le fait dans l'espace logique, l'existence et la non-existence des états de choses.

Commentaire:

(1.13): Les faits dans l'espace logique constituent le monde. Chaque fait est représenté par un tableau dans l'espace logique. (2.034): La structure du fait consiste dans les structures des états de choses. Le tableau représente les structures qui subsistent dans l'espace logique et celles qui ne subsistent pas. (voir aussi 2.201; 2.202 et 2.203: le tableau contient la possibilité de la chose qu'il représente, c'est-à-dire la possibilité de sa subsistance ou de sa non subsistance. 

Le tableau a la structure d'un paysage qui change car (2.0271): la configuration de l'état de choses est le changeant et l'instable. Le tableau représente la subsistance et la non-subsistance dans le paysage de la réalité...

2.12 Le tableau est une transposition de la réalité

2.13 Aux objets correspondent dans le tableau les éléments du tableau

2.131 Les éléments du tableau tiennent lieu, dans le tableau, des objets.

2.14 Le tableau réside dans le fait que ses éléments ont des rapports déterminés les uns avec les autres.

2.141 Le tableau est un fait.

Commentaire:

Le tableau (Bild) est une transposition logique de la réalité (Modell), c'est-à-dire une modélisation de la réalité. Aux objets stables du monde correspondent les éléments du tableau et réciproquement, tout élément du tableau y figure en lieu et place d'un objet de la réalité. 

Parce que (2.031) dans l'état de choses, les objets se comportent les uns par rapport aux autres d'une manière déterminée, les éléments qui leur correspondent dans le tableau ont des rapports déterminés les uns avec les autres. Les liaisons des objets déterminent des états de choses (2.03) dont la transposition dans le tableau déterminent les rapports des éléments du tableau entre eux. Il y a quelque chose d'identique entre les comportements déterminés des objets dans les états de choses et les rapports déterminés entre les éléments du tableau.

Parce que (2.034) la structure du fait consiste dans les structures d'états de choses, le tableau, structuré comme des états de choses a la structure d'un fait.

Le tableau est un fait, c'est-à-dire une structure d'éléments connectés comme dans des états de choses (2.15)

2.15 Le fait que les éléments du tableau ont des rapports déterminés les uns avec les autres tient à ce que les choses se comportent de la même manière les unes avec les autres.

Cette connexion des éléments du tableau, nous la nommerons sa structure et la possibilité de sa structure la forme de la représentation.

2.151 La forme de la représentation est la possibilité que les choses se comportent les unes vis-à-vis des autres comme les éléments du tableau.

Commentaire:

(2.031): Dans l'état de choses les objets se comportent les uns par rapport aux autres d'une manière déterminée. (2.032): La manière dont les objets s'enchaînent dans l'état de choses constitue la structure de l'état de choses. (2.033) La forme est la possibilité de cette structure.

En se comportant entre elles de manière déterminée, les choses se structurent. La forme de cette structure est la possibilité de l'état de choses. Les états de chose ne sont possibles qu'en tant que forme de leur structure.

(2.141) Le tableau a la structure d'un fait, il est structuré comme un ou des états de choses. Dans un tableau, c'est la forme de sa représentation qui rend la structure possible. 

D'une part, c'est parce que les choses se comportent entre elles de manière déterminée que les éléments du tableau ont des rapports déterminés entre eux, et, d'autre part, c'est parce que la forme de la représentation est la possibilité de la structure du tableau qu'elle rend possible un isomorphisme des rapports: les rapports des éléments du tableau entre eux correspondent aux rapports des choses entre elles. 

La forme de la représentation est la possibilité d'un isomorphisme entre la structure des choses entre elles et la structure des éléments du tableau entre eux.  

2.1511 Le tableau est ainsi lié à la réalité; il l'atteint

2.1512 Il est comme un étalon de mesure qui "colle" avec la réalité

2.15121 Seuls les points extrêmes des traits qui divisent la surface sont en contact avec l'objet à mesurer.

2.1513 D'après cette conception, appartient également au tableau la relation de représentation qui en fait un tableau.

2.1514 La relation de représentation est constituée par la façon dont les éléments du tableau se coordonnent avec les choses.

2.1515 Ces coordinations sont en quelque sorte les antennes des éléments du tableau, par lesquelles le tableau entre en contact avec la réalité. 

Commentaire:

Le tableau n'est pas une image lointaine de la réalité car les éléments du tableau se comportent entre eux comme les choses entre elles. (2.15)

Cette similitude de comportement des éléments et des choses relie le tableau et la réalité. Cette liaison n'a pas de degré de latitude, elle touche la réalité. Le tableau n'est pas accidentel (en logique rien n'est accidentel 2.012) il est comme attaché à la réalité. 

Rien ne sépare le tableau, du monde. Le tableau est comme un film gradué appliqué sur le monde et qui le mesure. Mais pour qu'il y ait mesure, il faut qu'il y ait "un espace" mesuré. La mesure est la prise de contact entre les termes de la mesure. 

Cette mesure de la réalité, propre au tableau, est la relation représentative qui le constitue en tant que tableau. La mesure est correspondance: la similitude de comportement entre les éléments du tableau d'une part, et les choses de la réalité, d'autre part, est la manière dont les éléments et les choses se coordonnent. La mesure est coordination via les antennes du tableau qui touchent la réalité. Les antennes, comme coordination avec la réalité, font l'in-formation du tableau dans la relation de représentation.   

2.16 Le fait d'être tableau implique qu'il y ait quelque chose de commun entre le tableau et ce qu'il représente.

2.161 Il faut que dans le tableau et dans ce qui est représenté il y ait quelque chose d'identique, pour que l'un puisse être un tableau de l'autre au sens précis du terme.

2.17 Ce que le tableau doit avoir de commun avec la réalité, afin de pouvoir la représenter à sa manière -avec justesse ou fausseté- c'est la forme de la représentation.

Commentaire:

Il ne suffit pas que les éléments du tableau se comportent entre eux de manière similaire aux choses les unes par rapport aux autres (2.15) ni que la relation de représentation coordonne les éléments du tableau avec la réalité (2.1515) pour que le tableau puisse être un tableau de la réalité. Il est tout d'abord nécessaire que la forme de la représentation leur soit commune (espace, temps, coloration). Pour qu'il y ait un tableau d'une réalité, il faut obligatoirement que la forme de la représentation leur soit identique. 

Pour autant, la forme de la représentation identique, la coordination des éléments du tableau avec la réalité dans la relation de présentation, et le comportement similaire des éléments du tableau entre eux et des choses entre elles, ne garantissent pas nécessairement une représentation correcte de la réalité dans le tableau. Car le tableau conserve sa manière de représenter la réalité.

Pour faire comprendre cela, il suffit d'imaginer une même réalité prise en photo par divers appareils, sous des angles de vue et des focales différentes, avec des filtres divers et variés, à des distances plus ou moins grandes: bien que chaque photographie représentera bien la réalité en conservant la coordination des éléments de la photo et des choses de la réalité, bien que l'espace soit la forme commune de la représentation, ces photographies de la réalité seront plus ou moins correctes. Le tableau demeure un point de vue du dehors sur l'objet (2.173)    

2.171 Le tableau peut représenter chaque réalité dont il a la forme. Le tableau étendu dans l'espace peut représenter tout ce qui est spatial, le tableau coloré tout ce qui est coloré, etc

2.172 Cependant le tableau ne saurait représenter sa propre forme de représentation: il ne fait que la montrer.

2.173 Le tableau représente son objet du dehors (son point de vue constitue sa forme de représentation); c'est pourquoi le tableau représente son objet justement ou faussement.

2.174 Le tableau cependant ne saurait se présenter en dehors de sa forme de représentation.

Commentaire:

La réalité est diverse. Le tableau et la réalité ont en commun la forme de la représentation (2.17) Les formes de la représentation sont diverses: le tableau peut représenter la réalité spatiale, la réalité en couleurs, la réalité temporelle... Cette capacité à représenter la réalité dans les différentes formes de la représentation, le tableau ne peut pas la représenter elle-même, il peut seulement la montrer. Le tableau de l'étendue représente ce qui est spatial mais il n'y a pas une représentation du tableau lui-même. Le tableau apparaît tout entier dans sa forme de représentation. Toute la réalité représentée est dans le tableau, il n'y a pas de tableau du tableau. Le tableau représente et se montre.
Le tableau demeure en dehors de la réalité, il demeure un point de vue du dehors sur les états de choses. Ce point de vue est la forme de la représentation elle-même. La réalité est représentée d'un point de vue spatial, du point de vue de la coloration, du point de vue de la temporalité... Il n'y a pas de point de vue sur le tableau lui-même: le tableau est le point de vue en tant que tel.

2.18 Ce que chaque tableau, de quelque forme que ce soit, doit avoir de commun avec la réalité, pour absolument pouvoir la représenter -justement ou faussement- c'est la forme logique, c'est-à-dire la forme de la réalité.


2.181 Si la forme de la représentation est la forme logique, le tableau s'appelle un tableau logique.


2.182 Tout tableau est aussi un tableau logique. (Par contre, tout tableau, par exemple, n'est pas nécessairement étendu dans l'espace.)

Commentaire:

(2.12) Le tableau est une modélisation/transposition de la réalité. Ce qui, de la réalité, est représentable/modélisable dans le tableau, c'est la forme logique. La forme logique est la forme commune entre le tableau et la réalité. Il serait totalement impossible de représenter la réalité comme réalité si la forme de la représentation n'était pas la forme logique. Un tableau qui représenterait la réalité, tout ou partie, en dehors de la forme logique, ne représenterait pas proprement la réalité. Lorsque la forme de la représentation est bien la forme logique, le tableau s'appelle un tableau logique.

Dès qu'il y a un tableau, c'est-à-dire une modélisation/transposition de la réalité, il s'agit en même temps d'un tableau logique. Tout tableau est, du même coup, un tableau logique.

En revanche, le fait que tout tableau ait la forme logique comme forme commune avec la réalité n'implique pas que tout tableau puisse être dans toutes les formes de la représentation. Un tableau ne se situe pas dans toutes les formes de la représentation à la fois: il n'est pas à la fois tableau sonore et tableau spatial. Ce qui sera commun au tableau sonore et au tableau spatial représentant la réalité, c'est la forme logique de la réalité. (2.19)

Bien que le tableau et la réalité aient en commun la forme logique et bien que les éléments du tableau se comportent entre eux comme les choses de la réalité se comportent entre elles (2.15), le tableau logique peut représenter justement ou faussement la réalité, car il demeure un point de vue extérieur à la réalité.(2.173)

 

2.19 Le tableau logique peut représenter le monde.

2.2 Le tableau a de commun avec ce qui est représenté la forme logique de la représentation.

2.201 Le tableau représente la réalité, parce qu'il représente une possibilité de l'existence (subsistance) et de la non-existence (non-subsistance) des états de chose.

2.202 Le tableau présente un possible état de chose dans l'espace logique.

2.203 Le tableau contient la possibilité de l'état de choses qu'il représente. 

Commentaire:

Le tableau logique a la capacité de représenter tout ce qui arrive (1.), c'est-à-dire l'ensemble des faits (1.1). Quels que soient les faits représentés, ils ont en commun avec le tableau logique la forme logique de la représentation. La forme logique de la représentation est la possibilité de la structure logique (2.033). Le tableau peut représenter la structure du fait, c'est-à-dire les structures des états de choses (2.034). De même que la réalité est constituée de la subsistance (existence) et de la non-subsistance (non-existence) d'états de choses (2.06) et parce que le tableau est une modélisation/transposition de la réalité (2.12), le tableau contient la possibilité de la subsistance ou de la non-subsistance des états de choses qu'il représente. Si la réalité subsistante/non-subsistante donnait lieu à une représentation uniquement subsistante, le tableau représenterait une réalité stable et permanente, c'est-à-dire figée, et si elle donnait lieu à une représentation uniquement non-subsistante elle donnerait lieu à une représentation totalement instable et illisible. Or, le tableau est, de fait, une représentation possible de la subsistance et de la non-subsistance des états de choses.

Tout tableau est une possibilité de représentation de tout fait subsistant/non-subsistant dans l'espace logique.

2.21 Le tableau s'accorde ou non avec la réalité; il est fidèle ou infidèle, vrai ou faux.

2.22 Le tableau représente ce qu'il représente indépendamment de sa vérité ou de sa fausseté; au moyen de sa forme de représentation.

2.221 Ce que le tableau représente constitue son sens.

2.222 Dans l'accord ou le désaccord du sens du tableau avec la réalité consiste sa vérité ou sa fausseté.

2.223 Pour reconnaître si le tableau est vrai ou faux, nous devons le comparer à la réalité.

2.224 Par lui-même, le tableau ne fait connaître rien de ce qu'il a de vrai ou de faux.

2.225 Il n'y a point de tableau qui soit vrai a priori.

Commentaire:

Le tableau est un espace logique de représentation dans des formes diverses (espace, temps...). il est une image transposée/modélisée de la réalité (2.12) 

Malgré la relation de représentation (c'est-à-dire, [2.1511-2.1515] malgré la coordination entre la représentation et la réalité que permettent les antennes du tableau qui mesurent et captent les structures de la réalité à travers chaque forme de la représentation), la représentation est fidèle ou infidèle, vraie ou fausse. 

Le chant de l'oiseau dans l'espace sonore ne représente pas l'oiseau réel. Le mirage dans l'espace spatial ne représente pas l'oasis à sa juste place. Mon reflet dans un miroir est fidèle mais faux par rapport au visage réel. Le bâton qui se brise dans l'eau est une image infidèle mais vraie selon les lois de l'optique. Certaines images nous paraissent correctes en étant fausses, d'autres incorrectes en étant vraies. La vérité de ce que représente le tableau ne dépend donc pas du caractère correcte (fidèle) ou incorrect (infidèle) de la représentation: la vérité est un sens attribué au tableau indépendamment de la représentation en tant que telle.

Aucun espace, aucun temps, aucune couleur, aucun son, aucun goût, aucune odeur, aucune sensation n'est porteur en lui-même de la vérité. La représentation du tableau fait sens (ou non). C'est en comparant le sens du tableau à la réalité, que la vérité ou la fausseté lui sont attribuées. La vérité et la fausseté sont filles de la comparaison.

Nous savons par ailleurs que la réalité totale est le monde (2.063) et que le monde est déterminé par la totalité des faits (1.11). D'autre part, le tableau peut représenter chaque réalité dont il a la forme (2.171) et le tableau logique peut représenter le monde (2.19).

Où il apparaît que la comparaison de la représentation avec la réalité est une comparaison, entre-elles, des représentations issues des différentes formes de la représentation, dès lors qu'elles demeurent en prise avec la réalité. La pensée du tableau logique a la capacité d'accorder, a posteriori, la vérité ou la fausseté, par comparaison. 

Ce n'est donc pas le seul tableau d'une représentation qui est vrai ou faux ou qui peut en décider: la vérité sera accordée ou non au sein de l'espace logique par comparaison entre les faits représentés dans les diverses formes de la représentation.

Où l'on voit encore que non seulement la vérité n'est pas a priori (aucun tableau n'est vrai par lui-même) mais aussi qu'elle est sujette au changement: car il n'y a pas de fin à la comparaison des faits entre eux comme il n'y a pas de fin à tout ce qui arrive (1.) 

Tandis qu'un autre piège menace et accompagne toujours la vérité: celle de devenir ressassement et édification des accords déjà établis en une Vérité (au sein du langage) dans l'oubli désastreux de la confrontation avec la réalité comme totalité des faits, et non comme ensemble parcellaire de faits, non plus comparés entre eux, mais asservis à une "vérité".

C'est donc la prise en compte de la totalité des faits qui importe à la vérité. 

Tag(s) : #Philosophie
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