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Jean Fouquet (~1420~1480) - Peintre

L'alignement des astres forme un angle largement ouvert par lequel tout vient, et le sens, et le désir, et où l'esprit se perd en spirales centripètes, car l'oeil gravite déjà, dès le premier regard, satellisé par l'appât. L'instabilité cinématique et intemporelle du système à trois corps-têtes, n'est pas celle du triangle aigu dont la couronne dit l'ordre terrestre. L'un trône, l'autre règne. L'un est l'espace, l'autre est le temps. L'un est éternel, statique et symbolique, l'autre est pris ici et maintenant dans un mouvement fou et imaginaire.   

L'angle par où vient le désir fige pourtant le mouvement de rotation autour de ce qui obsède et piège le regard, de ce qui le dérange, de ce qui le happe tel un insecte leurré par la lumière. Les repères se perdent là, se concentrent sur la forme devenue chair parfaite, tandis que les têtes s'équilibrent dans une musique des sphères qui sonnent étrangement ( car que veulent dire le regard de l'homme-enfant et les yeux baissés de la femme vers le signe-index?)  Les globes-têtes sont pris dans l'attraction gravitationnelle du globe-sein qui est le centre du monde. Aucun globe n'est aussi parfaitement sein dans la Nature. Aucun sein n'est aussi parfaitement globe dans la Nature. C'est le sein d'une tête couronnée, le sein d'une divinité. 

Le globe-centre du désir-monde est un sein par excès, tandis que le sein du désir-monde est excessivement globe. Ce sein est un trop-plein. Il est le trop-plein regorgeant de liquidités séminales, il est l'éternel inassouvissement du désir, la convoitise mure, pleine et absolue, sa forme hallucinée. Le sein-orgasmique est la forme-chaire parfaite, la chair devenue forme, la forme devenue chair. Transsubstantiation de la forme. Naissance de la chair à partir d'un désir de forme. Fécondité des formes originelles. Au nom de la forme, au nom de la chair, au nom de l'esprit-sein.

Le sein-monde a la rotondité parfaite de la bouche dévorante. Aucun dieu de la mythologie grecque ne pourrait ni l'avaler ni l'engloutir, le sein-monde laisse grande ouverte la bouche du désir. L'oeil se fait vorace, il se fait bouche impossible à rassasier, il se fait gouffre. Piège de la perfection qui avale tous les mondes. Piège du monde-bouche de l'oeil qui engloutit, devenir bouche de l'oeil du Cyclope-désir. 

Piège scopique de la blancheur peau-lait-semence, piège de la pure liquidité fécondante, piège de l'immaculée virginité. C'est un désir lunaire, entre le jour et la nuit, hors du temps et de l'espace des choses, dans un monde sans parole avec des bruits de succion et de volupté, là où grognent et jouissent les dieux hors d'atteinte, entre le rouge-feu et le bleu-glace des anges paralysés dans leurs couleurs de carnaval, c'est le désir des hommes et des femmes pâles de toutes leurs morts. C'est l'heure de la louve, là où les forces les plus obscures, les plus viscérales et affamées sont à l'oeuvre. Il s'agit de dévoration, de gloutonnerie. Il s'agit d'allaiter le désir, il s'agit de l'allaitement primitif, d'un allaitement infini. Il s'agit de venir sucer à la source du monde, de naître encore, de profiter du blanc liquide s'écoulant de la forme parfaite qui confère l'immortalité. Car celui qui pourrait mettre ce sein dans sa bouche ne mourrait pas.     

Mais pourtant le poupon-homme ne songe plus à téter. Il désigne de son index turgescent ce que son sexe désignerait aussi s'il pouvait parler. L'enfant à tête d'homme a le sexe digital et l'index intrusif. Un désir d'homme (en miroir d'un observateur situé sur la gauche du tableau dans le diptyque complet) vient transpercer de part en part le tableau, il s'agit d'une pénétration de la latitude dans la longitude, d'une invasion. Il s'agit d'envahisseurs et de prétendants. Il y a un corps étranger dans la voie lactée qui demande l'alliance et l'hymen. Le sein est convoité par un autre regard que celui du spectateur du tableau. L'index est l'aiguillon-intrusion de l'histoire des hommes venant perforer l'allaitement originel. Le sein du trop-plein devra s'épancher afin que la liquidité du désir se répande parmi les hommes et devienne chronologie, chronophagie. La dernière heure de l'éternité a sonné, bientôt le sein éternel nous sera dérobé et il appartiendra à l'amour et à la guerre. Il fondera un royaume. La femme le sait et elle regarde la direction du sexe masculin comme une destinée, comme une écriture. Elle n'a pas un regard pour le prétendant, son visage lui importe peu, seuls comptent ici les titres et les armoiries. Elle a rendez-vous avec l'histoire, avec le récit, avec d'autres symboles. La forme parfaite du sein était grosse de tous les enfantements. La fascination n'était ni de forme ni de chair, la fascination était celle de la naissance du temps, de sa mythologie. Au commencement était la quête de la forme parfaite. 

 

Tag(s) : #Peinture
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