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s'abandonner (en amour)

Quel verbe étrange constitue la forme pronominale du verbe abandonner! On peut abandonner quelqu'un, on peut abandonner un pouvoir, un privilège, une place, un lieu... On peut renoncer, déposer les armes, avouer sa défaite. Mais s'abandonner soi-même? Comment cela est-il possible? Qu'est-ce que cela signifie?

On conçoit aisément l'abandon de soi à quelqu'un. Mais alors il faudrait dire "je m'abandonne à toi." Chacun sait que les amants ne s'expriment pas ainsi. C'est là tout le paradoxe, même s'il faut être deux pour s'abandonner en amour ( ou à Dieu), s'abandonner est un verbe qui dit quelque chose de soi à soi. Je m'abandonne. C'est une "action" qui m'est totalement personnelle. Je cède, je lâche prise, mais du même coup, je me libère, je me rends disponible.

Si je m'abandonne, je n'ai plus pouvoir sur moi-même, je me laisse faire.

Merleau-Ponty dit quelque part que notre sexualité concentre toute notre personnalité. Thèse forte, mais qui s'entend. Nos fantasmes, nos tabous, nos limites, nos craintes, nos attentes, notre caractère, notre expérience, notre morale, nos valeurs, notre regard sur autrui, l'affection réelle que nous portons à notre partenaire: tout cela est bien présent dans l'acte sexuel.

Alors celle (ou celui) qui s'abandonne en amour est-elle peut-être celle ( ou celui) qui parvient à s'oublier en présence de l'être amoureux, dans l'acte d'amour...

En m'oubliant, en m'abandonnant, j'éprouve le bonheur d'être à nu, je ressens un sentiment de plénitude,  celui d'être tout ce ce que je peux être.

 

S'abandonner, c'est ne plus lutter contre soi.

"Eh bien! La passion était fatale, Hélène ne se défendait plus. Elle se sentait à bout de force contre son cœur. Henri pouvait la prendre, elle s'abandonnait. Alors, elle goûta un bonheur infini à ne plus lutter". É. Zola, Une Page d'amour,1878, p. 906.

 

S’abandonner en confiance

Pour Catherine Bensaid, la sexualité sacrée ne peut exister que dans l’abandon, « si l’on accepte d’être vraiment nu, au propre et au figuré, sans gêne, face à l’autre. Quand les deux amants sont dans cette qualité de relation, ils entrent dans un “au-delà du corps”, où c’est l’être tout entier qui fait l’amour ». S’abandonner corps et âme, sans attentes – mushotoku, « sans but ni esprit de profit », disent les maîtres zen lorsqu’ils décrivent l’état d’esprit qui favorise la venue de l’éveil. Car il s’agit bien de désirer sans projeter, de se montrer activement passif et passivement actif, comme le préconisait le maître spirituel indien Swâmi Prajnânpad. Si une telle posture n’est pas facile à adopter spontanément, c’est parce que « nous sommes davantage dans la culture du contrôle que dans celle du lâcher-prise, note Alain Héril. L’abandon nécessaire à cette célébration du corps et de l’esprit exige de la confiance, à la fois en soi et dans son partenaire ». (Psychologie magazine, mars 2008)

 

s'abandonner (en amour)

S'abandonner en amour: poème d'Anneh Cerola

 

S'abandonner

S'abandonner à la volupté
Dans tes bras me trouver
Se ficher des heures et du temps
En toi sur toi tout simplement

M'enfermer dans ton plaisir
Me laisser traverser embraser
Par des ondes de pures félicités
N'est-ce pas péché je les bannis d'un geste décidé

Jeter au loin les scrupules
Ouvrir les opercules
Bannir les interdits
Devenir des amants maudits

S'adonner à la passion
Des corps dénués de raison
Se jeter goulûment dans les délices d'abrogation
S'attacher sans entraves nos âmes proches de l'aliénation

Aller sur les plus éloignés des rivages
Où tant d'autres ont fait naufrage
S'agripper à nos corps esclaves
De nos folies nos enclaves

Te regarder dans les yeux
Provoquer ton désir amoureux
Faire monter en toi cet irrépressible émoi
Et t'entendre gémir en de langoureux soupirs

N'est-ce pas simple bonheur
Que de te faire de toi mon roi
Démissionner des intrinsèques frayeurs
Enfin relâcher plus de crainte ni d'effroi

 

S'abandonner en amour: poème de Marianne Leitao

 

S'abandonner

Dans tes yeux
J'ai vu l'Univers
Tes doigts jalonnent ma peau avec délicatesse
Et, mon corps vibre en harmonie...

Dans cette alcôve où je me sens prisonnière
Lutter ou s'abandonner ?
Répondant à tes caresses
Je me laisse faire...

Sous l'emprise des sens
Là, où, toute loi semble exclue
Je succombe dans tes bras
Je suis à toi...

Emportée par cette effluve d'Amour
Je me perds dans le néant
Je ne suis plus là et tu n'existes plus
Je suis moi...

Enveloppée dans cet espace
Tes bras ne me retiennent déjà plus
Je vis pleinement la jouissance
Et m'y baigne dans sa liesse...

Dans l'ivresse de l'extase
Et de la plénitude se fondant à l'infini
La chaleur réchauffe mon corps
et la volupté ébranle mon Coeur...

Je ne me peux me contenir dans ces moments :
- Je t'aime...
Et je t'appartiens...

Les corps repus mais heureux
se rejoignent d'un ultime élan
Au Coeur de l'Amour
Faisant jour dans cette nuit...
 

Tag(s) : #Psychologie, #Sexualité, #Poésie

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