Alvar Aalto (Finlande /1898-1976) est l'un des architectes les plus importants du XXème siècle. Nous nous concentrerons aujourd'hui sur la démarche profondément novatrice que constitue l'architecture du sanatorium de Paimio (1929-1933).
Pour découvrir par vidéo cet édifice surprenant : www.arte.tv › Accueil › Saynatsalo › Alvar Aalto
ou https://youtu.be/ZTKVJm18IbU
ou le reportage photo https://www.flickr.com/photos/glintofpurpurina/sets/72157622192834520/
La pensée magistrale d'Aalto consiste à procurer aux malades tuberculeux un lieu d'habitation et de co-habitation (vivre ensemble la tuberculose et la mort) qui puisse les soulager et prendre en considération tous les aspects de leur séjour au sanatorium. Rien n'y a été laissé au hasard: les espaces, la luminosité et les couleurs, la fonctionnalité de chaque lieu et de chaque objet, le confort et l'ergonomie du mobilier, les chambres et les commodités, les salles collectives de restauration, de spectacles ou de recueillement, ainsi que d'immenses terrasses surplombant les pins, et jusqu'à la morgue, espace simple, humble, et digne.
Peu d'années séparent cette conception architecturale révolutionnaire de la parution du roman de Thomas Mann, La Montagne Magique (1924) Chez Thomas Mann, la maladie, le sanatorium, sont d'abord des lieux retirés du monde et de son tumulte. La Montagne est magique car le temps et la pensée s'y arrêtent, que l'esprit y gagne en acuité et que le sens de la vie s'y métamorphose. Thomas Mann emprunte le chemin de la fatalité et de la nécessité, celui aussi de la perception intérieure. Aalto fait le pari de la perception extérieure et de la kinesthésie. Dans les deux cas, la souffrance des malades et la menace de la mort qui rôde autour des plus faibles semblent comme reléguées au second plan. Tant qu'il y a des perceptions positives, tant que la souffrance n'est pas insupportable, c'est la pensée qui doit encore l'emporter. Et cette pensée, nous disent Mann et Aalto, peut être favorisée par l'environnement humain et matériel, par l'air et par le soleil, par une couverture tirée sur un transat. Nos deux penseurs nous invitent ainsi à nous retourner sur le monde des bien-portants: la demeure terrestre est bien peu accueillante là où le tumulte des affaires humaines est la maladie dont chacun meurt, sans le moindre habitat à la mesure du recueillement nécessaire. Car seul le temps de la pensée et de la sensation vraie est une maison pour l'homme.
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