Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

hominidés: la naissance de l'homme.
Publicité
hominidés: la naissance de l'homme.

Naissance "biologique" de l'homme moderne

Il y a 20 MA, les singes hominoïdes d'Afrique se différencient par la perte de leur queue qui équilibrait leur locomotion quadrupède, au profit d'adaptations au grimper vertical, compatibles avec la bipédie, puis d'adaptations à la suspension dans les branches, cela dans plusieurs lignées de singes différentes. Ces singes sans queue sont les ancêtres des orang-outangs, des gorilles, des chimpanzés, et des lignées humaines.

Vers -10 MA, la lignée des hominines s'est individualisée de celle des chimpanzés. Très progressivement apparaissent des caractères propres à la lignée humaine: adaptation de plus en plus marquée à la bipédie, modification de l'indice intermembral ( allongement des jambes et raccourcissement des bras, adaptation des os des membres (notamment fémur et déverrouillage du coude), modification du squelette post-crânien ( 4 courbures du dos chez l'homme contre une seule chez le chimpanzé), régression de la face et développement de la boîte crânienne.

Dans un passé si reculé, l'ADN des fossiles ne se conserve pas. Bien que les dernières prouesses scientifiques de la paléogénétique aient permis de séquencer un ADN mitochondrial vieux de 400.000 ans, il demeure nécessaire de s'appuyer sur la morphologie comparée pour décider de la proximité des fossiles les plus anciens avec telle ou telle lignée. 

Les débats et désaccords de la communauté scientifique au sujet des caractères pré-hominidés de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis; -7 MA), de Orrorin tugenensis (-6 MA) ou même de Ardipithecus ramidus (- 4.4 MA) tournent précisément autour des caractéristiques les plus décisives de leurs évolutions morphologiques post-simiesques, en particulier les caractéristiques adaptatives plus ou moins prononcées à la bipédie.

En revanche, avec la lignée des Australopithèques, qui débute vers - 4.2 MA (A. anamensis), les modifications morphologiques sont plus affirmées, même si, d'un Australopithèque à l'autre, les surprises et les difficultés de classification ne manquent pas. Comme pour les hominoïdes qui les ont précédés, pendant des milliers d'années, plusieurs lignées d'Australopithèques ont coexisté, parfois fécondes entre elles, ce qui rend totalement caduque la théorie d'une évolution linéaire à partir d'un ancêtre commun. L'arbre généalogique des ancêtres de l'homme moderne n'est pas un ensemble de lignes droites comportant quelques bifurcations, mais un véritable buisson touffu et plutôt emmêlé... On peut raisonnablement penser que des ré-hybridations et des échanges de gênes ont accompagné l'évolution des hominoïdes entre lignées proches depuis la séparation avec les panines (chimpanzés) jusqu'à la cohabitation récente de Sapiens et de Neandertal. 

Vers -3 MA, coexistent sans doute, sur des territoires parfois communs, des Australopithèques, des Paranthropus  (paranthropus boisei) et les premières lignées du genre Homo (homo habilis). Le genre Homo se caractérise par une bipédie quasi exclusive, puis à partir d'homo ergaster, par une augmentation significative du volume de la boîte crânienne. Nous ne disposons pas d'éléments précis permettant de comprendre comment toutes ces lignées proches cohabitaient, quels types d'échanges et de rivalités pouvaient se produire. Une industrie lithique (galets aménagés) attribuée à homo habilis a été retrouvée dans des couches fossiles correspondant à l'habitat de paranthropus boisei... Par ailleurs, les plus vieux galets aménagés connus à ce jour ont été découverts en 2015 au Kenya. Ils ont été datés à -3.3 MA, ce qui permet de supposer que les Australopithèques tardifs pratiquaient déjà l'éclat des galets. 

Même si les modèles théoriques de "l'East Side Story" (rift est africain) sont remis en question, notamment depuis la découverte, beaucoup plus à l'ouest, de Toumaï (hypothèse d'un second rift), la génétique mitochondriale fait apparaître que tous les gênes du genre homo sapiens  trouvent leur origine la plus lointaine en Afrique. C'est sans doute homo erectus et homo ergaster qui colonisent, dès -2 MA, d'abord le Moyen-Orient puis, très rapidement, le Caucase, l'Asie, la Mélanésie et l'Océanie.  Pour ce qui concerne l'apparition de l'homme moderne, la théorie selon laquelle homo sapiens serait directement et uniquement issu de l'Afrique (la sortie de l'Afrique par Sapiens se serait effectuée vers -130.000 ans) a de plus en plus d'adeptes, même si elle demeure concurrencée par différentes théories multi-régionales (évolutions continentales à partir d'homo erectus régionaux ou brassages entre un Sapiens venu d'Afrique et ses prédécesseurs dans chaque région eurasiatique). Toujours est-il que la carte de la distribution génétique de l'origine de l'ADN mitochondrial de l'homme moderne à -40.000 ans atteste d'une proximité génétique très importante des populations d'hommes modernes sur l'ensemble de l'Eurasie! La situation, à partir de -40.000 ans, si l'on fait exception des dernières poches de néandertaliens qui subsistent encore à Gibraltar et peut-être au Portugal, est que Sapiens est le seul survivant de cette longue saga des hominidés. 

En d'autres termes, tous les lointains cousins et ancêtres de sapiens sont africains, sapiens lui-même semble sorti d'Afrique, mais sa famille la plus proche devient rapidement eurasiatique, notamment du point de vue de ses multiples hybridations.

Plusieurs modèles évolutifs s'affrontent donc, notamment le modèle "multirégional" (un homo sapiens paradigmatique par continent qui proviendrait de formes de transition) avec le modèle "du remplacement" des erectus évolués en Afrique, en Asie et en Océanie, ou de Neandertal en Europe, par un sapiens, soit directement sorti d'Afrique, soit plus ou moins "régional" (théories mixtes).

Cependant, le buissonnement évolutif des erectus, puis des tous premiers prédécesseurs de sapiens paraît si complexe, la cohabitation entre lignées interfécondes parfois si fréquentes, sur des périodes souvent très longues ( notamment Neandertal et Sapiens cohabitant en Europe et au Moyen-Orient pendant peut-être 80.000 ans, dont au moins 10.000 ans sur des sites proches voire communs), qu'il paraît difficile de parvenir un jour à une modélisation précise des hybridations (et encore moins probablement à la découverte d'une mutation génétique décisive ayant conduit à l'homme moderne). Une chose paraît certaine: l'homme moderne semble né d'un gradualisme génétique, c'est-à-dire qu'il est d'abord né de la multitude de ses microévolutions puis de ses rencontres (dont Neandertal) et qu'il est donc le fruit de toute la diversité de son patrimoine génétique.

Il convient par ailleurs d'avoir à l'esprit qu'il nous est totalement impossible d'hypothéquer ce que pouvait contenir le génome de toutes les lignées qui n'ont pas survécu ou qui n'ont pas encore livré de fossiles.

La génétique (qu'il convient de manier avec précaution lorsqu'il s'agit de la génétique des populations anciennes, notamment pour la raison susdite) est encore loin d'avoir livré tous les secrets de l'évolution des hominidés. Songeons, par exemple, qu'Il a fallu attendre 2012 pour que les généticiens apportent la preuve d'une hybridation entre Sapiens et Neandertal, hybridation que l'on jugeait encore impossible en 2008 pour d'autres raisons génétiques (la femme Sapiens fécondée par un Neandertal était sensée avorter d'une fausse couche...)   

Les hypothèses pour expliquer la disparition progressive de Neandertal, sans cesse repoussé vers l'ouest de l'Europe, terminant son périple au Portugal, puis, in fine, à Gibraltar, sont légions, sans qu'aucune d'entre elles ne paraisse suffisamment probante. Parmi les hypothèses les plus en vogue, mais des moins attestées: celle du massacre de Neandertal par Sapiens... Le paléontologue Jean Chaline a, de son côté, fait l'hypothèse que la taille du cerveau de Neandertal aurait fini par rendre difficile sa reproduction du point de vue de l'embryologie de l'encéphale, tandis que la théorie actuelle sans doute la plus savoureuse attribue à sa fréquentation de Sapiens, la funeste sensibilité de Neandertal à de nouvelles maladies, notamment tropicales, contre lesquelles son patrimoine génétique, forgé sous de rudes climats, l'aurait rendu particulièrement vulnérable. 

Vers -24.000 ans, Neandertal est complètement éteint, et homo sapiens est seul présent sur l'ensemble du globe. Il reste dorénavant à cette espèce sur-adaptée à appendre à cohabiter avec elle-même...

Naissance de l'homme "culturel"

Du point de vue des techniques et des faits culturels ( qui feront l'objet d'articles spécifiques), il est à noter que les plus vieux "outils" retrouvés à ce jour sont des galets éclatés datant de -3.3 MA.

Très vite, vers -3 MA, les "bifaces" semblent avoir été les premiers objets faisant l'objet de soucis esthétiques dans leur fabrication; chez erectus, il devient tout à fait évident que le soin pris à la fabrication des bifaces n'a plus uniquement pour but d'améliorer leur efficacité. "L'un des plus beaux exemplaires est le biface provenant de West Tofts en Angleterre, daté de 100. 000 ans avant le présent. Il a été taillé en tenant compte de la présence, dans le bloc de matière première, d’un coquillage fossile. Le tailleur s’est arrangé pour façonner son biface de manière à ce que le coquillage apparaisse au centre d’une des faces, comme pour mieux mettre en valeur la symétrie de l’objet. Il s’agit d’un élément décoratif qui ne présente aucune utilité pratique." 

Le goût pour les minéraux les plus attractifs ou pour les curiosités naturelles est très ancien (sans doute -3 MA également). L'utilisation des colorants comme l'ocre est déjà présent dans l'industrie Acheuléenne vers -400.000 ans.

Les premières sépultures humaines prouvées remontent au moins à -100.000 ans chez Sapiens comme chez Neandertal. Un doute subsiste concernant le site de Sima los Huesos (-350.000 ans) qui pourrait attester d'un rituel ou d'une sépulture commune chez un prédécesseur  de sapiens, homo heidelbergensis.

"A Shanidar (Kurdistan irakien) la tombe 4 (-50.000 ans) renfermait le squelette d'un néandertalien inhumé sur un lit de plantes fleuries appartenant à sept espèces précises : achillées jaunes et blanches, centaurées jaunes, muscaris bleues, séneçon jaune vif, éphédras, cette plante dont les fleurs sont petites et insignifiantes mais dont les vertus hallucinogènes sont connues a pu servir de litière, et, enfin, une dernière espèce non déterminée.
Pour André LEROI-GOUGHAN le choix de ces espèces précises, l'organisation de leur cueillette implique l'existence d'un langage." (
hominidés.com)

L'art Aurignacien ( en particulier les objets retrouvés dans la grotte de Geissenklösterle, dans la Souabe, Allemagne actuelle) atteste déjà du goût de la parure ( dents percés -43.000 ans), de la fabrication des flûtes de musique (-40.000 ans) ou de la statuaire (plus ancienne statuette humaine en ivoire datant de -35.000 ans)  L'Aurignacien comprend également les œuvres connues les plus anciennes de l'art pariétal (Grotte Chauvet -32.000 ans). On a tendance à penser que l'art rupestre se développe surtout au néolithique (-8000 ans) mais plusieurs sites permettent de conjecturer qu'il est sans doute aussi ancien que l'art pariétal (Australie,-28.000 ans).

Concernant la question particulièrement difficile de l'origine du langage, nous nous bornerons à rappeler que la première anatomie permettant le langage articulé est celle d'homo habilis (notamment larynx en position basse tandis qu'il demeure en position haute chez tous les grands singes) il y a -2 MA. Par ailleurs, Homo habilis est sans doute le premier hominidé pour lequel il y ait évidence d'une organisation sociale structurée (campements, outils, habitats et sans aucun doute spécialisation des individus). Cela ne suffit pas à hypothéquer l'apparition d'un langage (a fortiori d'un langage syntaxique) mais les éléments anatomiques et sociaux sont déjà présents.

Rappelons enfin que la naissance de l'écriture s'est vraisemblablement produite pour la première fois en Mésopotamie vers -3500 ans. 

hominidés: la naissance de l'homme.
Publicité

Remarques en forme de conclusion provisoire:

Non seulement l'origine biologique de l'homme moderne ne peut pas être située avec précision d'un point de vue paléontologique, non seulement il paraît nécessaire d'abandonner toute théorie d'une filiation linéaire de l'homme moderne avec une série rectiligne d'ancêtres bien identifiés, mais la génétique des populations préhistoriques tend à attester des origines multiples et buissonnantes des prédecesseurs d'homo sapiens. Sapiens ne provient pas d'une évolution par étapes bien définies où chacune constituerait une avancée significative par rapport au chaînon précédent, mais d'une multitude évolutive au sein de laquelle les signes caractéristiques sont longtemps ténus et peu discriminants. Ce n'est véritablement qu'avec erectus et ergaster que les préhominiens s'engagent sur une voie anatomique nouvelle, marquée notamment par l'augmentation du volume de la boîte crânienne, mais les évolutions et les métissages régionaux, ainsi que les hybridations inter-espèces, seront encore nombreux jusqu'à la fixation des caractéristiques génétiques de l'homme moderne.

De multiples facteurs environnementaux, leur grande variabilité au cours des 3 derniers millions d'années (forte corrélation entre le rythme de l'évolution des hominidés et le rythme des modifications du paléo-environnement depuis -3 MA), de même que la variation et la diversité de la nourriture disponible, pour ne rien dire des niches écologiques et des espaces disponibles (particulièrement variables durant les périodes glacières), ont sans doute été déterminants pour "accélérer" l'évolution, notamment à partir de -3 MA, et conduire ainsi en quelques millions d'années les hominidés de Toumaï vers Sapiens.

D'une part, l'homme biologique moderne n'est donc pas venu d'un seul coup de baguette magico-génétique, mais, d'autre part, il nous semble également possible de soutenir la thèse selon laquelle "l'homme culturel" est venu lui aussi par étapes, selon une linéarité chronologique en apparence plus perceptible, en raison de la lisibilité plus marquée de l'évolution des techniques, et bien que ces techniques naissent souvent parallèlement dans des régions différentes, voire dans des espèces différentes. (Par exemple chez Neandertal et chez Sapiens)

La vision philosophico-religieuse selon laquelle, dès l'instant que l'homme est homme, il y aurait présents, à la fois, le langage, les techniques, la conscience de la mort, les rituels et les sépultures, le souci esthétique puis la pratique artistique, nous semble une vision quelque peu naïve et caractéristique d'un anthropomorphisme moderne se retournant sur ses origines. Il nous paraît plus plausible de soutenir que chaque nouvelle technique influe sur les modes de vie et conditionne le culturel tandis, qu'en retour, les modes de vie et le culturel, parvenus à un certain stade (notamment à partir du langage abstrait), permettent l'émergence de nouvelles techniques et de nouvelles pratiques. Les premières techniques lithiques ne nécessitent pas l'existence d'un langage élaboré ni le culte des morts, de même que les premières sensibilités esthétiques ne requièrent pas la pensée abstraite. Remarquons, à titre d'analogie, que l'enfant s'émerveille avant d'avoir conscience qu'il mourra un jour et qu'il n'adopte les techniques et les pratiques culturelles de ses aînés que par imitation et apprentissage. La culture se sédimente, s'enrichit et s'emprunte. Elle ne naît sans doute pas en une seule "prise de conscience", elle n'est pas la fille d'un l'homme "jeté" dans le monde (Heidegger), ni de l'homme "face à la mort." Pour nous, l'homme "culturel" est le fruit d'une évolution complexe et certainement pas celui d'un saut de conscience originel, brusque et unique. Il n'y a pas d'essence de l'homme, mais un homme qui accède peu à peu à l'abstraction et à des degrés de conscience.

Homo sapiens technicus

Il est d'ailleurs tout à fait évident que sauf conséquences imprévisibles d'une éventuelle catastrophe environnementale, l'évolution de Sapiens, (depuis déjà plusieurs millénaires) est d'ordre culturel et technologique (modifications génétiques comprises). Il s'agit là d'une nouvelle aventure, peut-être pas si différente des premières émergences culturelles, si ce n'est que l'homme contemporain dispose à la fois d'un patrimoine culturel et technologique d'une ampleur sans précédent, et bientôt de la maîtrise totale de son patrimoine génétique. Un autre facteur décisif est que l'homme pullule désormais comme jamais à la surface d'une planète dont il épuise les ressources. La question culturelle, enjeu majeur pour l'avenir de l'humanité, serait d'essayer de penser comment ces nouveaux paramètres contribueront à l'évolution  du genre homo, qu'il conviendrait davantage de qualifier de "technicus" plutôt que de "sapiens". La préhistoire comme l'histoire nous enseignent que les techniques ont souvent précédé et décidé de nouveaux modes de vie; l'enjeu pour la pensée est dorénavant de parvenir à penser la technique lorsqu'elle naît et les modes de vie qui peuvent en découler.

Néanmoins, Il nous paraît plus probable de conjecturer qu'il en sera demain comme hier: l'homme pense comme il le peut chacun de ses nouveaux outils et il a rarement fait la preuve qu'il était capable de penser à l'avance ses pratiques et ses modes de vie, comme de funestes et récentes théories philosophico-politico-économiques l'attestent... 

Tout se passe comme si l'évolution de l'homme se faisait presque sans lui, à travers l'invention des techniques, des modes de vie et des rituels.

Espérer être acteur de l'évolution culturelle dans l'humanité actuelle relève désormais d'une équation culturelle à 7 milliards d'inconnues... Aujourd'hui, ce qui manque sans doute le plus à l'homme dans sa pluralité et dans son extrême multiplicité, c'est une lisibilité qui puisse faire consensus et dégager des possibles.

C'est pourquoi nous plaidons encore et toujours pour une nouvelle Renaissance qui saurait de nouveau penser et montrer l'homme, en admirant ce qu'il y a d'admirable dans ses origines, afin qu'il puisse inventer, à partir de ses nouvelles technologies et de ses aspirations les plus profondes, un art de vivre. 

Tag(s) : #Préhistoire, #Philosophie
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :