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abandon
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Le petit d'homme vient au monde dans une complète dépendance. Il naît à la merci de l'abandon, vulnérable, dès l'origine. Pas seulement à cause de tous les hasards de la naissance, mais parce que la condition humaine fait dépendre l'homme de l'homme.

L'amour, s'il y en a, ne suffira pas, car l'amour ne légifère pas, il n'a pas force de loi. Il faudra toujours, toute la vie, être pris et accepté dans le groupe. Il faudra avoir une place, appartenir, être inclus, avoir des droits, remplir ses devoirs.

La loi dit l'inclusion comme elle dit l'exclusion. La loi n'a pas la foi de l'amour, elle a la force de ceux qui détiennent le pouvoir.

L'homme peut être abandonné par la loi, être mis au ban de la loi, c'est-à-dire, du même coup, au ban de la société, banni. Le banni: celui dont la loi elle-même a renoncé à s'occuper.

L'homme peut être abandonné par l'amour, qui s'en retire, qui ne l'adopte pas. L'abandonné: celui que l'amour a quitté, celui qui, désormais, a peur de l'amour et qui échouera le plus souvent à inclure de nouveau ce qui a manqué.      

Ce qui est à la merci de l'abandon, c'est ce que le philosophe Giorgio Agamben appelle la vie nue. La vie déchue de ses droits, la vie exclue, la vie que personne ne veut ni nourrir ni aimer. 

Celui qui est abandonné est livré à la vie nue.

L'abandon plutôt que la mise à mort, ou plutôt une autre mise à mort, qui sert de miroir et constitue ainsi une identité, un groupe, une société, un Etat.

L'abandon comme incapacité, comme impuissance, comme rejet, comme frontière, comme ban-lieue. L'amour inclusif/exclusif, la loi inclusive/exclusive, mais toujours l'impuissance qui fonde la Souveraineté.

Car l'amour n'est souverain que de ce qu'il peut, et la loi n'est souveraine que de sa seule puissance. L'amour est le désir d'inclure la vie nue, la reconnaissance de l'autre comme vulnérable, tandis que le pouvoir Souverain est l'inclusion de la vie nue comme exception.

L'amour rejette ce qu'il n'aime pas, parce que telle est sa limite et son incapacité. L'amour a besoin de rejeter pour s'aimer soi-même et aimer ailleurs.

Le pouvoir rejette par son incapacité à inclure, telle est sa limite et là sont ses frontières. Car ce qui le fonde comme souveraineté est la loi qui ex-cepte.

L'abandon est l'autre de nous-mêmes qui nous fonde. En nous excluant de l'autre, notre identité s'y définit. Nous sommes ce que nous avons inclus et exclus, par amour, par la loi, par impuissance. Parce que nous sommes nus, vulnérables, et que nous sommes d'emblée et toujours à la merci de l'abandon.

L'état d'exception, comme le sentiment amoureux, est ce moment où la loi est suspendue à la recherche de nouvelles inclusions et de nouvelles exclusions. L'inclusion s'y rétrécit pour s'y renforcer. 

L'état d'inclusion serait le néologisme correspondant à l'exclusion la moins forte. Cette inclusion ne s'appellerait pas bienveillance, condescendance ou assistance, mais secours, partage, dignité, respect, mérite.

Abandonner et exclure, c'est laisser l'autre à la condescendance et à l'assistance; inclure et adopter, c'est donner à l'autre la possibilité du mérite et de la dignité. 

Adoptons l'homme à l'école du mérite et de la dignité, et ne le plaçons plus dans des camps, dans l'espoir d'une assistance, lorsqu'il ne s'agit pas d'un camp de la mort.  

Ce qui a été abandonné, c'est une idée de l'homme comme amour et comme pouvoir, non pas un pouvoir sur l'autre, mais avec l'autre. On lui a préféré l'identité rabougrie, qui n'a ni l'amour ni le pouvoir de changer les choses.  

Tag(s) : #Philosophie, #Politique
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