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 Daïmon - Revue de singularités littéraires.
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Daïmon est le nom prémonitoire d'une revue qui ne croit ni à l'innocence de la littérature, ni à la paresse de ses lecteurs. Daïmon s'intéresse à vos démons, à votre envie de lire en vous-mêmes en lisant les textes singuliers d'un autre. Cet autre, Thomas Pourchayre, le premier auteur invité par Daïmon, est un poète, c'est à dire un fou, quelqu'un qui ne voit pas le monde comme vous et moi, et qui considère souvent comme Boris Vian, que la vie vous arrache le coeur faute d'y prêter une attention et une tendresse de tous les instants.

Car l'homme qui ne voit pas en poète est comme un bourreau pour l'homme, et d'abord pour lui même. Le bourreau sophistiqué de "l'infini quadrillage du monde". Daïmon et son poète Thomas sont à la recherche d'un ailleurs sans dominants ni condamnés. Tel Diogène tenant sa lanterne en plein jour, le poète cherche si l'homme ne se rencontrerait pas uniquement dans l'ailleurs.

Vous comprenez dès les premières pages de  la lecture de Daïmon que sa conception originale voulue par Raluca Belandry ne vous propose pas la lecture digeste d'une littérature de complaisance pour philistins modernes. Daïmon ne se présente pas dans le monde des revues pour votre bon plaisir, Daïmon vous attend au tournant de ses pages. 

Pour autant, la révolte conceptuelle et stylistique de Daïmon n'a rien à faire avec une lecture engagée. Tout lecteur, quelle que soit son origine, est invité à vivre la métamorphose de son regard. Car il s'agit d'abord de regarder ailleurs, c'est-à-dire autrement, et de devenir avec Thomas et Raluca, des "ailleuristes."

Le plus sûr chemin vers l'ailleurs est celui de la beauté et de l'étrange. Daïmon 1 est d'abord une fenêtre, comme le sont les superbes photographies de Thomas qui illustrent merveilleusement ses textes. Dès l'abord, la couverture choisie par Raluca pour le premier numéro de sa revue dit bien l'aventure éditoriale dans laquelle elle se lance avec panache et semble présenter à elle-seule le projet daïmonique.

Regardez tout d'abord attentivement cette photographie d'un vert envoûtant comme une forêt vierge, ces vieilles pierres fondatrices, ces marches que votre âme de lecteur empruntera pour remonter le cours des choses, et cette végétation qui vous irrigue déjà tandis que quelque chose bruisse et murmure en vous.

En vous procurant cette revue, en tenant Daïmon dans vos mains, peut-être avez-vous fait le premier pas décisif vers l'ailleurs. Quelque chose de tactile vous incite vers ce bel objet, vous ouvrez la première page et vous commencez à lire.

Alors Thomas vous emmène et vous attrape avec ses mots. Il vous demande de deviner le monde à travers une autre aventure de la lecture, c'est-à-dire à travers votre lecture du monde. Il vous propose de devenir pour vous-mêmes les devins de l'ailleurs.

Vous cheminez entre les mots du poète. Seuls comptent ici les espaces, les interstices, les trous, le possible et l'impossible, tout ce qui s'immisce, s'infiltre, apparaît. Vous êtes  devin, vous êtes arpenteur en terre inconnue, et vous ne mesurez que des espaces libres, loin du découpage officiel du monde.

Vous venez de lire le premier numéro de Daïmon, et vous y reviendrez. Car cette lecture n'est jamais terminée, contrairement à celle d'un livre. Vous reviendrez vers l'ailleurs parce que vous vérifierez que vous ne l'avez pas encore vraiment rencontré. Vous reviendrez vers Daïmon, parce qu'il a à peine commencé à vous parler. Soyez attentifs, car Daïmon ne se répète jamais, il commence et il recommence.

Daïmon a surgi cet automne comme la singularité d'une rencontre dans le paysage littéraire. Vous reconnaîtrez dorénavant son visage entre tous, car il offre à notre regard une invitation au mystère de la lecture, un monde qui s'accorde avec notre plus profond désir de sortir de nous-mêmes, grâce à la littérature.

Longue vie à nos démons, longue vie à la revue pour laquelle l'Ailleurs, c'est d'abord son lecteur, pour peu qu'il s'en donne le plaisir!

Tag(s) : #Littérature
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