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aboulie
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L'aboulie est un empêchement de la volonté, un dysfonctionnement du vouloir, une incapacité à passer à l'acte. Les premières observations cliniques remontent au début du XIXème siècle. On distinguait alors l'aboulie motrice de l'aboulie intellectuelle. Les descriptions de Pinel, Esquirol, Leuret ou Billod, font état de l'incapacité du sujet à accomplir le moindre acte relevant de la volonté. Les malades ne sont victimes d'aucune paralysie motrice ou organique: il s'agit bien plutôt d'une défaillance de l'acte volontaire. Chez certains sujets, le désir ou la volonté d'accomplir telle ou telle action paraissent bien présents dans la conscience, mais le passage à l'acte ne peut tout de même se faire. Parfois même, le patient donne l'impression d'esquisser le geste, mais hésite et recule avant d'être frappé d'impuissance. A la différence des personnes atteintes par le délire de contact, qui est limité à des objets que le patient considère comme répugnants ou dangereux, l'aboulique ne redoute aucun contact passif avec les objets mais se trouve en difficulté avec tous les objets, indistinctement, dès lors qu'il s'agit d'établir un contact actif avec eux. L'aboulie motrice n'est donc aucunement une phobie de l'objet mais elle apparaît comme un empêchement de l'acte volontaire. Les premières descriptions cliniques de l'aboulie motrice ont ainsi mis en évidence que l'altération symptômatique de cette maladie portait essentiellement sur les phénomènes psychologiques qui président aux mouvements et à leur exécution.

L'aboulie intellectuelle se rencontre le plus souvent dans les névroses et dans les maladies mentales où les troubles et les déficits de l'attention handicapent lourdement le sujet. Par exemple, dans une tâche complexe comme celle de la lecture à haute voix, les malades peuvent avoir conservé la capacité de déchiffrer et de prononcer les mots, voire même de les réciter juste après, mais ils ne sont plus capables de comprendre le sens d'un paragraphe. Le sujet peut donner le sens de chaque mot pris isolément, mais la capacité de la synthèse pour produire du sens lui est totalement inaccessible: pour l'aboulique, le passage du mot à la phrase transforme le texte français en une langue tout à fait étrangère.

Quand l'aboulie demeure faible, comme dans certains états neurasthéniques, les actes volontaires sont lents et pénibles: la personne semble envahie par le doute, elle multiplie les hésitations. Le plus petit obstacle provoque un renoncement. Le patient n'a plus foi en ses actes, il ne croit plus en ce qu'il fait. Certains malades sont victimes du délire du doute, qui peut porter sur des idées fixes ou être généralisé à l'ensemble du champs de conscience. Le doute obsessionnel semble alors se substituer à toute volition, le sujet doute et craint de vouloir.

Dans les situations les plus extrêmes, le patient est victime d'une grande confusion mentale et paraît frappé de stupeur. Toutes les aboulies ne portent pas pour autant sur l'ensemble des actes (aboulies systématiques), beaucoup d'aboulies sont particulières à certains types d'actes, comme les aboulies professionnelles ( burn-out par exemple). Par ailleurs, tous les actes ne sont pas également supprimés chez l'aboulique. Déjà, Ribot (1883), remarquait à la suite de Billod (1847) que l'activité automatique du sujet, celle qui relève des routines ordinaires, des gestes acquis depuis l'enfance, c'est à dire tout ce qui ne demande pas une synthèse nouvelle pour accomplir l'acte, peut être conservé dans la palette comportementale de l'aboulique. Ainsi, les actes anciens qui ont déjà été accomplis dans le passé et qui ne sont donc pas voulus pour la première fois, ou les actes qui sont exécutés à l'insu de la personnalité du sujet et qui n'impliquent pas une nouvelle synthèse psychologique.

Nous suivrons ici Pierre Janet dans ses conclusions:

1°) les actes qui sont nouveaux, au moins par un petit détail, et qui nécessitent donc une combinaison nouvelle, une adaptation du psychisme à des circonstances nouvelles, semblent perdus et hors d'atteinte pour l'aboulique.

2°) les actes qui mobilisent la personnalité et qui nécessitent une synthèse psychique nouvelle, adaptée à l'accomplissement de l'acte ( ce qui nécessite la mobilisation de nombreux éléments: sensations, souvenirs, sentiments, émotions, images motrices, image de soi...) sont également hors de portée de l'aboulique. Car l'aboulique subit un affaiblissement du pouvoir synthétique et discriminant de l'esprit. Dans l'univers mental de l'aboulique, s'opposent des images, des émotions, des associations contradictoires et disparates... Le patient ne sait plus et ne parvient plus à coordonner et à synthétiser tous ces éléments en une représentation cohérente qui puisse fournir une base pour l'action. Pour l'aboulique, il n'est point de phénomènes nouveaux dont il puisse être pleinement conscient. Ainsi, ne pouvant plus contracter des sensations, des sentiments et des émotions nouvelles et coordonnées, il n'est plus en capacité d'agir.

Nous ne présenterons pas ici les travaux actuels de la neurobiologie comportementale. Si l'étude des circuits neuronaux impliqués dans la "motivation", dans les émotions, et dans le passage à l'acte du sujet, a certes permis d'identifier la plupart des mécanismes cérébraux à l'oeuvre dans l'acte volontaire, il n'en demeure pas moins que l'étiologie de l'aboulie demeure complexe. Lorsque la cause de la maladie n'est pas clairement imputable à des lésions ou à un déséquilibre en dopamine, il est bien délicat, dans de nombreux cas, d'avancer une étiologie physiologique précise ( certaines formes de dépressions sont clairement abouliques).

L'aboulie nous rappelle ainsi que la volonté et le désir peuvent s'estomper et disparaître presque à l'insu du sujet.

Nous savons depuis Freud que l'être humain n'est pas le maître en sa demeure cérébrale. Sans doute faudrait-il dire, de manière provocatrice, que ce sont nos actes qui nous veulent agissants et non notre volonté qui est décidée à agir. La volonté n'est que le projet de l'acte, mais c'est l'appel et la force de l'acte qui nous rendent volontaires. Il faudra donc que l'acte fasse sens, pour qu'une synthèse volontaire vienne à le réaliser. La motivation est un effet rétroactif du futur sur le présent.

L'aboulie est donc en même temps qu'une lacune de la volonté, une perte du sens, une perte de l'effectivité et de l'urgence temporelle, même si de nombreuses capacités intellectuelles demeurent intactes. Pour l'aboulique, les actes n'ont plus d'origine, ils ne font plus source, le futur n'implique aucune urgence. Le présent est un empêtrement sans finalité. 

Tag(s) : #Psychologie, #Philosophie
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