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affordance
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Le concept d'affordance fut forgé dans les années 1920, lorsqu'il apparut nécessaire aux psychologues du développement (Heinz Werner) comme aux gestaltistes (Köhler, Lewin, Koffka) ainsi qu'au premier théoricien de l'écologie de la perception qu'a été James Gibson, d'interroger la manière dont les choses nous font signent.

L'enjeu théorique principal est de savoir ce qui, dans les affordances (=significations des objets en vue de leur usage), appartient en propre à l'objet (et plus généralement à l'environnement comme milieu signifiant) et ce qui relève des signes et des potentialités d'usage que la culture a déposé en lui. Les sciences humaines, non seulement celles qui ont trait à la neurobiologie, à la sociobiologie, à l'éthologie et plus généralement à l'écologie, mais aussi les sciences de la communication et de l'information, c'est-à-dire toute la sémiologie, et jusqu'aux sciences de l'éducation (modèles plus ou moins constructivistes des apprentissages) ont grand intérêt à essayer de démêler ce qui relève du médiat et de l'immédiat dans notre rapport aux objets.    

Dans une société où chaque signe paraît porteur d'un gain de temps ou de confort (parfois même de sécurité ou de santé) et dans laquelle la technologie modifie de plus en plus vite le catalogue des signes en usage (par exemple dans le numérique), les questions liées à l'affordance sont dorénavant centrales dans des domaines aussi variés que le design, la domotique, l'ergonomie, l'automobile et tout particulièrement le numérique. La société contemporaine et ses entreprises ont besoin que les signes parlent vite et bien afin que les travailleurs/consommateurs ne se détournent pas de l'usage des objets modernes, mais aussi afin d'optimiser les comportements dans tout ce qui relève des processus d'alerte (santé, sécurité). 

Il n'est pas discutable que les choses ont leur langage: l'ordre des choses est signifiant par lui-même. L'homme constate l'alternance des jours et des nuits, il peut leur attribuer toutes les significations qu'il souhaite, mais il ne produit pas la nuit comme nuit. Les objets tombent sur la terre, le feu brûle, l'eau s'écoule, l'air propage des odeurs. Les ombres sont plus courtes à midi, le froid fait geler l'eau, les saisons gouvernent les cycles des plantes. De la course des astres au déchiffrage de l'ADN, la nature est un grand livre ouvert dont la lecture est plus ou moins aisée et immédiate. L'homme évolue dans une immense forêt de signes que son propre langage tente de déchiffrer et d'interpréter.

Apprendre à lire: voilà l'homme.

Le monde semble une immense machinerie cybernétique régie par le langage des signes-lois de la nature.  

Les semences sont sensibles à l'attraction lunaire, le tournesol s'oriente en fonction du déplacement du soleil dans le ciel, la plante carnivore se referme au contact d'une proie: du pur mécanisme au signal biologique, la première "lecture" du monde relève d'abord de l'automatisme comme réponse et adaptation au milieu.

L'amibe, simple animalcule unicellulaire, est sensible à la lumière comme à la concentration chimique de son milieu, elle oriente ses déplacements en fonction des facteurs qui lui importent. L'amibe sait "lire" dans son environnement.

Au sein des corps vivants, tout n'est que reconnaissance de signes, déclenchements, activations, inhibitions, régulations. Les systèmes immunitaire et génétique sont des encyclopédies vivantes, c'est-à-dire des recueils de signes que la vie écrit et active. Des signes lisent et produisent d'autres signes. Des signes-mémoire, des signes-machines. Mais d'autres signaux font encore signe par les interfaces du corps avec le monde extérieur, qu'il faut lire et traduire plus ou moins médiatement. Tandis que, selon leur niveau d'interaction avec le monde, les corps aussi font signe vers l'extérieur. Les fleurs éclosent, les fourmis produisent leurs phéromones, les abeilles dansent, les oiseaux chantent, l'homme parle. Dans la nature, tout fait signe, tout n'est qu'échange et production de signes. La médiation (c'est-à-dire aussi la temporalité) est introduite par des systèmes de signes régulateurs de signes  (homéostasies, mémoires et langages.) Le langage et la pensée ne sont possibles que grâce à la stabilité, au stockage et au traitement de systèmes de signes sous-jacents et ils ne peuvent apparaître et s'exprimer que dans d'autres systèmes de signes externes (socialisation, communication). Mais voici que l'homme se souvient, conserve et transmet les signes d'autres hommes. La culture est un autre système de signes, la mémoire de la mémoire des hommes.

Apprendre à lire la mémoire de la mémoire des hommes: voilà la culture des hommes.   

La vie, le corps, le langage, la culture, les techniques, sont des systèmes d'affordances. L'affordance réside dans le signe lui-même, c'est son attractivité, sa forme comme potentialité de lectures et d'agencements. Le signe recèle un horizon d'attentes et d'incitations. L'affordance est ce qui, dans le signe-objet, incite à sa lecture et à son usage.

La vie provient d'un auto-engendrement de boucles d'affordances: des systèmes de signes qui ont fait usage d'eux-mêmes.

L'homme est celui qui voit le monde entier comme affordance: le monde est un horizon disponible. Au sein du monde lu par l'homme, rien n'échappe à la signifiance, c'est-à-dire au pré-usage mental des choses. 

 

affordance
affordance
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Celui qui fabrique un objet fabrique un signe. Celui qui fabrique un signe fabrique un objet.

Un objet est un signe-opérateur, une fonction prête à être activée.

La tasse à café attend d'être saisie, la boîte aux lettres attend le courrier, la pelouse attend d'être foulée, l'écran d'être allumé, l'onglet d'être l'objet d'un clic. 

"Chaque chose nous dit ce qu'elle attend de nous: un fruit dit mange moi!"; l'eau dit "bois moi!"; le tonnerre dit "crains moi!" et la femme dit "aime moi!"
(Koffka)

Les affordances sont des dispositions à agir et à être agi, des interfaces signifiantes, des stimulations. L'affordance s'accorde au désir et le suscite. Elle est l'empreinte où s'insère la forme, elle est la forme où s'insère l'empreinte. Elle oriente le toucher, elle attire le regard, elle donne envie. 

L'affordance séduit en faveur de l'action, elle est l'ennemie du mystère, elle ne se prête pas à l'interprétation. Son déchiffrage vise à l'immédiateté. C'est une commerciale, ici et maintenant, elle est piège. L'affordance est la parade nuptiale de l'objet et de notre désir d'usage. Elle veut s'emparer de l'attention de son usager. Elle lui susurre qu'elle va le servir, qu'elle va être son esclave. Mais c'est l'usager qui ne peut plus retirer la main.  

L'affordance est désir d'objet, mise en ordre des signes et des objets, addiction à la manipulation du monde. 

L'affordance nous dit que nous sommes des désirs de signes, car c'est nous qui sommes agis par les signes. 

Apprendre à lire l'affordance: voilà la philosophie.

Faire signe à nos signes, choisir nos signes en connaissance de signes.

L'écologie du signe est une écologie du désir.

affordance
Tag(s) : #Philosophie, #Psychologie, #Psychanalyse, #Éducation
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