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affirmation
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J'affirme, je m'affirme et j'affirme un monde qui est le mien. 

Position de soi dans le monde. Prendre place. 

L'affirmation, dans son insistance même, est un aveu d'insuffisance. L'affirmation lutte pour l'existence et pour la reconnaissance, c'est-à-dire en même temps contre l'adversité, l'indifférence, la dilution, l'ignorance. L'affirmation a ses alliés et ses ennemis, elle s'engage dans le conflit du monde, elle trace une ligne de démarcation.

L'affirmation inclut, exclut, implique, nie, choisit, délimite, rejette.  

L'affirmation dit l'amour et la haine.

Toute esthétique, toute morale, toute philosophie est une affirmation. 

L'affirmation voudrait prétendre à l'évidence -qu'elle atteint rarement- mais elle lui substitue, faute de mieux-, l'apparence de la force et de la fermeté. Car celui qui affirme -comme l'étymologie le rappelle (ad-firmo)- veut d'abord rendre plus ferme ce qu'il pense, ce qu'il ressent.

Il faut que la chose soit déclarée. Déclaration d'amour, déclaration de guerre, accords, désaccords. Affirmer à quel groupe j'appartiens, être repéré, décliner une identité de goûts, d'opinions, d'idées et d'actions.

Ne pas affirmer, ce serait prendre le risque de ne pas appartenir au groupe, et peut-être même de ne plus s'appartenir.

"L'homme vit d'affirmation plus encore que de pain." (Victor Hugo, Les Misérables

L'affirmation est un serment à soi qui donne à l'individu foi en lui-même. Je suis ce que j'affirme et cela me dispense d'avoir à douter sans cesse, cela me dispense d'avoir à changer.  

Pourtant, combien de mes affirmations et de mes choix devrai-je finalement renier?

Et n'en est-il pas de même du doute et de tout ce que je n'ai pas osé dire, penser ou faire?

Si je renonçais à l'affirmation, que resterait-il de ce que j'ai été? Que deviendraient ma place et mon rôle?  

Un homme qui n'affirme plus. Cela ne veut pas dire un homme qui doute, car le doute, nous voulons dire le noble doute, celui de l'intelligence, est l'affirmation la plus mesurée. Non, un homme qui n'affirme plus, c'est un homme qui a perdu la foi et le besoin d'affirmer et qui ne sait plus pour qui et pourquoi il affirme. 

Les choses lui paraissent indifféremment fermes ou molles, elles ont perdu de leur importance, tandis que, tout près, il entend le fracas des affirmations qui s'entrechoquent.

Lassitude stérile des accords et des désaccords.

Il faudrait penser autrement, non pas affirmer ensemble, mais affirmer diversement. Mettre l'homme à l'école du doute et de l'affirmation. Non pas l'esprit faussement critique de la négation, mais celui de ce qui n'est pas affirmé dans l'affirmation. Aller voir derrière l'affirmation, montrer l'autre face. 

Spinoza: les affirmations tristes diminuent la puissance d'agir de chacun tandis que les affirmations de joie augmentent le désir de tous.    

il s'agit donc de ne jamais se prendre au jeu de l'affirmation pour elle-même, mais de montrer qu'il est souvent possible d'affirmer autrement, et même, lorsque c'est nécessaire, de ne pas affirmer.

"Mais tout homme veut être assuré que ces productions sont inébranlables. Il leur cherche des garanties. Il les veut affermir contre tous les assauts. Toute affirmation conduit à une certaine dialectique, du moment que l'homme forme le souci de se persuader et de persuader autrui. Les idées s'affermissent au cours d'un dialogue imaginaire. (...). C'est ainsi que le penseur bourgeois, depuis le temps qu'il existe un ensemble des valeurs bourgeoises, s'efforça de les bien lier, de les justifier, de leur trouver des principes supérieurs qui pussent leur conférer une certitude analogue à celle des démonstrations et des découvertes des sciences."

P. Nizan, Les Chiens de garde,1932, pp. 136-137.

Tag(s) : #Philosophie, #Psychologie, #Éducation
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