Nous prévenons notre lecteur qu'il ne rencontrera pas dans cet article la moindre approche purement médicale de la question de l'addiction, de son implantation au niveau neurophysiologique, de la réalité physico-chimique de la dépendance, ni des effets psycho-physiologiques du sevrage. Nous nous intéressons à la phénoménologie de l'addiction du point de vue du sujet et de sa personnalité, c'est-à-dire du point de vue de ce qui fait sens ou ne fait plus sens dans son rapport au monde.
L'addiction comme pathologie de la personnalité.
Dans la Rome antique, l'addictus était prononcé contre celui qui n'était plus en capacité de rembourser son créancier. Il en perdait tout droit, et jusqu'à son propre nom: il était dit "appartenir à" son nouveau maître (ad-dictus), devenant l'esclave de son créancier. L'addictus était destitué de sa personne au profit d'un autre, de même qu'aujourd'hui, l'addiction engendre une perte des aptitudes sociales du sujet et une perturbation profonde de sa personnalité.
L'addiction est symptomatiquement un déséquilibre du social: l'addict ne peut plus jouer le même rôle au sein du social. Dans les premiers stades de l'addiction, l'addict peut encore faire semblant de s'insérer normalement, mais son addiction a déjà pris l'ascendant sur ses relations sociales habituelles. Le fait même qu'en début voire en cours d'addiction, il soit encore possible de "faire semblant", est symptomatique de ce qui se joue dans la bascule qui s'opère au sein de la personnalité: faire croire au maintien de "la façade sociale" de soi, tout en la perdant progressivement. Notre thèse, somme toute banale, est que ce qui bascule dans l'addiction d'un sujet n'est rien d'autre que le sens général qu'il donnait ou ne parvenait plus à donner à sa vie. Car, en définitive, c'est sa vision du monde qui est en jeu, ce "jeu" toujours possible de la conscience, parce qu'à l'origine de toute donation de sens.
Les jeux de rôle commencés dans l'enfance -dont nous reparlons un plus bas dans cet article-deviennent pathologiquement à l'âge adulte un jeu avec soi et avec les autres, un jeu avec sa liberté et avec sa vie. L'addict est prêt à abandonner son ancienne personnalité, plus ou moins lacunaire et sans doute peu satisfaisante, au profit d'une dépendance dans laquelle il s'illusionne, son addiction l'envahissant alors comme totalité.
Du point de vue temporel/existentiel, l'addict souhaite fuir un passé sans saveur et contraignant, pour épouser un présent hors du temps. L'addict se soustrait à la norme, au social, aux contraintes, à l'avenir, au devoir-être. L'addict, qui, dans certains cas, peut en arriver à mettre sa vie en jeu sur "un coup de poker", vit le plus souvent une lente et progressive dégradation relationnelle, familiale, sociale, voire physique.
Pourquoi le sevrage, et les réprimandes inutiles, entraînent-ils violence et agressivité chez l'addict? Parce que la principale menace du sevrage serait un retour à la situation qu'il a fui. Le retour à la normale constituerait à ses yeux un vol du substitut illusoire qu'il s'est trouvé en guise de "personnalité", spoliation qu'il attribue de surcroît aux représentants d'une société (son entourage familial, amical, ou médical) qu'il a déjà jugé incapable de faire son bonheur -quand il ne s'est pas déjà condamné lui-même à l'incapacité au bonheur parmi ses congénères-. L'addict cherche d'abord à détruire quelque chose en lui ou à nier quelque chose autour de lui. Il s'absorbe dans sa négation et sa fuite, cette absorption est en même temps son "plaisir" et un "jeu" avec la souffrance qu'il inflige à lui-même et aux autres, tandis que la société lui parle responsabilité et normalité.
Cette tension entre l'envie répétée et irrépressible de son addiction et l'appel du retour au social lui fait le plus souvent prendre conscience de sa perte de liberté d'action et rend douloureux ses efforts pour se normaliser de nouveau. Ainsi, progressivement, l'addiction elle-même devient souffrance et dégoût de soi: après s'être nié lui-même, le soi ne peut plus regarder en face sa négation. L'addiction devient alors mortifère: pathologie du sens, pathologie du soi, inflation irrationnelle du principe de plaisir comme pulsion de mort au sens freudien: volonté de dislocation, de déliaison, de dé-subjectivation.
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Digression:
Caractère obsessionnel du jeu de l'enfance, préalable au jeu de la vie.
Vulnérabilité de l'adolescence.
Dans l'enfance, et surtout à l'adolescence, il ne saurait être évidemment question de soutenir notre thèse à l'identique. Il est fort heureusement difficile de parler d'addiction dans la tendre enfance: les mauvais comportements, gestes et paroles, répétés à tort, ainsi que tous les types d'excès néfastes, sont surtout dus à des défauts d'éducation.
Il convient toutefois de prendre en considération l'extrême importance du jeu dans l'enfance, comme comportement certes reproduit et répété librement, mais le plus souvent sur une base compulsionnelle. Car l'enfant a besoin de vivre certaines compulsions de répétitions pour avancer dans sa maîtrise du réel comme dans la formation de son psychisme. Il apprend ainsi le réel en grande partie en le jouant, c'est-à-dire en le niant, en se maintenant dans la distance que permet le jeu: c'est là l'essence de la conscience en train de se faire.
"L'enfant voit dans le jeu sa besogne et dans le conte sa vérité" (Nietzsche)
Le jeu répond à la fois à des pulsions de dépendance (l'exemple du jeu de la bobine "fort-da" pour faire face à l'absence de la mère chez Freud) et à l'appropriation des règles et des contraintes dans un monde apparemment dévolu à l'enfant, mais qui peut se prolonger durablement à l'âge adulte (le jeu socialise l'enfant, tandis qu'il libère l'adulte de la conscience de la nécessité). Cependant le jeu de l'enfance est une affaire sérieuse, car il est toujours déjà, et en même temps, appropriation du social et distanciation vis à vis d'autrui, au fur et à mesure de la formation de la conscience de soi.
Il y a donc une obsessionnalité du rapport au jeu dans l'enfance, constitutive du psychisme et du social. Les psychologues et les psychanalystes, avec leurs grilles de lecture respectives, ont suffisamment investi ces questions sans que nous y insistions nous-mêmes: le jeu de "groupe" est l'une des prises en charge les plus fréquentes de l'enfant, car il révèle les carences de ses premiers investissements du social tout en développant ses aptitudes.
L'âge adulte est évidemment en partie déterminé et pré-conditionné par les jeux de conscience de l'enfance, comme apprentissage des rôles et acquisition d'un caractère. ( Pour un psychanalyste comme Adler, le caractère est la synthèse des réponses trouvées par le jeune individu dans les premières interactions sociales/familiales dans lesquelles il se sait impliqué.)
La conscience doit toujours "répondre de", et, faute de mots et en guise de longs et vains discours, l'individu adopte dès le plus jeune âge des postures et un caractère qui sont ses réponses à des situations diverses.
Le jeu est donc indispensable à la structuration psychique et à l'acquisition des aptitudes sociales (que l'on s'intéresse aussi aux personnalités adultes qui reconnaissent avoir peu joué durant leur enfance pour des raisons diverses... ce sont le plus souvent des gens qui "collent" à l'ordinaire du réel de manière quasi pathologique, et qui vivent leurs vies comme une liste de choses à faire...) Mais le jeu apprend d'abord à l'être humain qu'il est avant tout un acteur: grâce aux jeux de l'enfance, changer de rôle dans la vie lui paraîtra peut-être difficile mais pas impossible.
Il arrive souvent que le jeu se termine en dispute, l'enfant peut alors être en conflit ou sortir du jeu. Il peut adopter un rôle de dominant ou de dominé, il peut aussi les refuser. Ces différents positionnement ont chacun leur "coût" et leurs répercussions psychiques, mais le jeu est déjà une dialectique de l'emprise du social, et il fait pressentir, dès le plus jeune âge, la question de la liberté: aliénation et émancipation, dépendance et construction de soi, l'une n'allant jamais sans l'autre.
Dans l'adolescence, les addictions peuvent constituer des fuites faciles face aux contraintes de l'éducation (notamment la pression qu'exerce la question scolaire), face aux tensions familiales, et devant l'angoisse d'avoir à construire sa personnalité. D'autant qu'il faut encore assumer son corps, se montrer dans le regard de l'autre, et, un jour ou l'autre, découvrir le corps de l'autre. L'adolescence est donc particulièrement vulnérable, non seulement en raison de son caractère influençable (en grande partie due à la quête du sens et à l'injonction d'acquérir une "personnalité" -que l'organisation de notre société lui refuse dans le même temps-) mais aussi parce que l'adolescent a comme l'intuition du non-sens d'une grande partie de la vie adulte à laquelle il assiste comme spectateur, et dont on lui dit pourtant qu'il faudra bien, tôt ou tard, la rejoindre et l'adopter. L'adolescent qui sombre dans l'addiction nous semble d'abord dans le refus d'une réalité qui l'oppresse et qu'il subit, dans une société où, le plus souvent, l'âge adulte ne lui paraît pas attractif, et dans laquelle on lui propose "d'attendre son tour", tout en lui enjoignant d'y prendre sa place, non pas "pour de vrai" mais en s'y préparant.
Il faut donc avoir le souci de l'enfance avant que l'enfant ne soit un adolescent, et s'efforcer d'être un adulte attractif, et si possible admirable (au moins de temps en temps) aux yeux de nos enfants, dans nos réussites comme dans nos combats, dans notre rapport à eux, parfois si difficile, afin que l'ado puisse un jour y croire à son tour.
L'adolescent est déjà confronté aux jeux et aux hasards de la vie: rien, pour lui, ne fait encore complètement sens, et il lui faudra choisir avant même que les choses ne fassent sens en profondeur. Il est donc vulnérable et il commettra tôt ou tard des erreurs. Il s'apprête à affronter la vie comme tout adulte: en étant constitutivement fragile.
Toutes les addictions font leur lit de cette fragilité, qui est d'abord une fragilité du sens de la vie.
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L'addiction et la question du sens de la réalité
Que faut-il pour que les objets et les personnes fassent sens et continuent de faire sens autour de moi? Par où ma conscience a-t-elle dû passer pour appartenir à un monde commun? Quelles formes de dépendances et de croyances sont-elles nécessaires?
L'homme est sommé de croire, du matin au soir, jusqu'à l'obsession, jusqu'à l'overdose, jusqu'à la lassitude. Ne pas croire, c'est errer et essayer de vivre, tant bien que mal. C'est se faire machine humaine du quotidien. Choisir d'agir pour s'en sortir, c'est déjà choisir de croire.
La moindre béance dans la signification du monde doit donc être balayée par une habitude, un engagement ou un haussement d'épaules. S'attarder sur cette béance serait folie.
Il me faut croire par exemple en cette chaise, et croire au mot qui la désigne, et croire encore en cet homme qui vient s'asseoir, et comprendre aussi ce que c'est que s'asseoir. Je peux choisir de m'asseoir à côté de cet homme, en en ayant plus ou moins envie, ou trouver une autre place, ou encore m'éloigner. Je suis dépendant de cette chaise, de sa fonction, de cet homme et de mon positionnement par rapport à cet homme. Même si je demeure libre, il me faut croire en tout cela. Les significations du réel et du social me dictent la norme des choses et celle des conduites humaines.
[Cette prégnance du réel prend naturellement des formes et des intensités bien différentes, non seulement d'une culture à l'autre, mais surtout dans les situations de guerre, de famine, de catastrophes, d'épidémies... Notre réflexion s'en tiendra donc à la phénoménologie du monde occidental, en temps de paix, tant il nous paraît difficile et périlleux de vouloir faire de l'addiction une pathologie ou un concept universel.]
Interroger l'addiction, c'est donc interroger l'homme d'une culture précise, celle dans laquelle la question du sens, de la signification, du vivre ensemble et, pour tout dire, celle du bonheur personnel, est en crise permanente. L'émancipation du sens et de la signification qu'a produit l'occident a rendu toute question indécise. Et c'est parce qu'il y a une crise du sens et des repères, que, malgré l'abondance et la paix, l'homme affronte l'angoisse et la déréliction d'avoir à être. La conduite de l'homme occidental est donc à la fois dictée par les normes, et sans cesse remise en cause par des pseudo-émancipations et des doutes sémantiques et sémiotiques non maîtrisées.
La coexistence des normes coercitives et de la remise en question des principaux repères de la conscience collective de l'homme, désormais "individu" dénudé de tout sens susceptible de lui préexister, se livrent ainsi un combat sans merci. L'homme nu est à la merci de sa conscience dans le désert normé du social, comme dans le pullulement humanoïde auquel il est confronté, dans le déferlement du flot humain, comme dans celui des informations planétaires.
Dans un tel univers sémantique, tant que ma conscience se tient à une certaine distance du réel, si possible à la distance adéquate que m'a donnée l'habitude des êtres et des choses, ainsi qu'une "bonne éducation", mon positionnement et mon orientation dans le monde relèvent d'une "normalité". Je suis normal, je suis "à l'équerre" du monde, ni trop près, ni trop loin. Chez certains individus, cette normalité prend la forme d'une obsession rassurante. Je suis éduqué, instruit, sociable.
Tant que ma conscience détermine les choses dans la dialectique de leur négation et de leur affirmation, je conserve la distance nécessaire à mon positionnement. La conscience est négation du réel et position de la réalité. Mais qu'advient-il de moi si je suis confronté à un trouble de la position et de la négation du réel?
Que le balancier de l'équilibre vienne à pencher du côté de la lassitude, de la pétrification et de l'engluement dans le réel ( parce que le réel ne porte plus suffisamment de sens), voire de sa fuite (parce que le réel m'est hostile), ou, au contraire, qu'une partie du réel se mette à happer la conscience en la nourrissant d'excitations positives (le sens déborde alors le réel), et cela en est fini de la base équilibrante du culbuto.
L'addiction trouve-t-elle un terreau favorable là où la conscience s'enfonce dans un réel mou et aseptisé, voire hostile? L'addiction fait-elle son lit dans un défaut de lecture et d'interprétation du monde? Ou bien l'addiction est-elle un piège inhérent à toute conscience devant faire face à une invasion de sensations? Une invasion de sensations peut-elle se substituer à une recherche du sens, peut-elle combler la carence et la béance du sens?
Déséquilibres du réel et de la conscience.
Frustrations, Angoisses, Injonctions à jouir ou Repliements castrateurs,
Dénis de réalité, vacuité et insignifiance du rapport à soi et à l'autre:
Pathologies et crises du sens
En quoi le sens contiendrait-il en lui-même une force suffisante pour détourner chacun de toute conduite addictive? Il faudrait alors "coller" au sens pour ne point s'en détourner. Ulysse, en approchant du rivage des Sirènes, demande à ses compagnons de l'attacher solidement au mât du navire et de ne rompre ses liens sous aucun prétexte. L'homme qui veut être préservé de sa perte, doit-il être attaché au sens comme Ulysse à son mât?
L'homme doit lutter contre le réel en excès, par exemple lorsqu'il subit une violence, un traumatisme, mais aussi face à différentes formes de tentations et de sollicitations. Il doit encore lutter contre le réel en défaut, dans toutes les situations de carences.
Mais que se passe-t-il lorsque c'est la conscience qui est en défaut dans son fonctionnement ou en excès dans ses appétits?
Une conscience en défaut n'accroche plus au réel, elle est en difficulté pour agir et suivre le rythme du monde. La conscience en défaut doit le plus souvent être prise en charge par d'autres. Elle vit sous le signe d'une tristesse durable, voire d'une dépression, d'un retrait en deçà du monde. Elle est à la merci de nombreuses addictions pouvant procurer l'illusion de l'oubli de soi et de ce qui pèse sur l'individu.
Une conscience en excès est en quête de nourriture et de sensations, parfois jusqu'à la boulimie, car le réel qu'on lui présente ne lui suffit jamais. La conscience en excès n'est souvent pas comprise par les autres, qui n'y trouvent pas leur place; elle est déjà folie et passion, et ses actes en découlent. Elle est à la merci des crises de sens les plus profondes, et peut sombrer dans toutes les formes d'addiction où la liberté et le sens de la vie ( quand ce n'est pas la vie elle-même) sont en jeu. Le rapports aux autres de ces consciences excessives n'est pas simple, et elles peuvent avoir à en souffrir, car elles placent le plus souvent "leur liberté" et leurs passions au-dessus des relations sociales.
Ces quatre ingrédients et leurs combinaisons possibles ( réel en excès ou en défaut, conscience fragilisée ou quête obsessionnelle du sens) sont susceptibles d'engendrer des addictions multiples et très diverses, plus ou moins néfastes à l'individu et à son entourage, et qui ne portent pas toujours le nom d'addiction. Listons, de manière non-exhaustive:
- Relations fusionnelles, addictions au groupe ( de la bande d'ados à la secte), relations de domination et de soumission (et toutes formes de sadomasochisme), addictions à la nourriture, addictions diverses au sexe (et perversions), addictions à l'alcool, au tabac et à toutes sortes de drogues ou de substances (y compris médicaments), addictions au jeu (notamment jeu d'argent), addictions au danger, addictions à l'effort (addiction au sport), addictions au travail...
Parfois l'addiction n'est qu'une obsession, mais elle en partage tous les traits: obsession sécuritaire (y compris syndrome de la vérification), obsession hygiénique (y compris syndrome du lavage), obsessions comportementales et TOC multiples.
Que faut-il penser des "addictions positives" comme les passions liées au savoir et à la culture (qui peuvent provoquer des déséquilibres profonds), des amitiés profondes, des liens familiaux forts, et de l'amour lui-même? Ces addictions positives le sont-elles toujours?
Où faut-il placer la croyance et la foi religieuse, qui peuvent aussi conduire au martyr et au sacrifice de soi, sans parler des désastres provoqués dans l'endoctrinement religieux des masses?
Le Sage sait ce qui lui manque.
L'homme est sommé de croire, avons-nous dit. Croire, c'est donner du sens au moins à une partie du monde qui m'entoure, c'est accepter un monde commun et y participer. Quel est ce sens auquel Ulysse a demandé qu'on l'attache? Est-ce celui de la normalité? Non, car la normalité est une folie qui ne dit pas son nom.
L'Odyssée est le long voyage de la crise du sens, le chemin du doute, le kaléidoscope des pièges de la diversité du réel. Les tentations et la mort rodent. Mais Ulysse demande à être attaché au mât du navire qui le conduira vers Pénélope. Le voyage de la quête du sens s'arrête là où le lit d'Ulysse et de Pénélope a été taillé: dans un chêne plusieurs fois centenaire autour duquel leur maison a été bâtie. Non pas seulement le lit d'un homme et d'une femme, mais celui de la complétude du sens qui peut s'incarner dans l'amour.
Il n'y a d'addiction que de l'incomplétude et du manque.
Il y a les addictions nuisibles où je me fuis moi-même, et ma pauvre réalité, et tous ces gens, qui m'indiffèrent plus ou moins.
Il y a des passions plus positives où je me rejoins moi-même, où j'accepte la réalité du monde qui m'entoure et où les autres prennent de l'épaisseur et de l'importance à mes yeux.
L'addiction est la folie de celui que le manque a rendu déséquilibré et qu'attisent les crises et les pathologies du sens lacunaire porté par le monde.
Le Sage sait que la vérité est indécidable et que le sens est incomplet...
Mais la Voix me console et dit : "Garde tes songes : Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous!" (Baudelaire)
"Alors choisis!" (Nietzsche)
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